Barcelone, le monde de pierre et de lumière d’Antoni Gaudí

GEO - 27/05
Cheminées ondulantes, céramiques chatoyantes… Dans la deuxième ville d’Espagne, l’architecte Antoni Gaudí a laissé son empreinte partout. À la Sagrada Família, bien sûr, mais aussi dans des lieux plus secrets où sa magie continue d’opérer.

Sommaire

  • La Sagrada Família : entre héritage perdu et triomphe mondial
  • Un architecte en voie de béatification
  • Le tournant spirituel de Gaudí
  • "Avec lui, rien n’était laissé au hasard"
  • Salamandre en mosaïque
  • Fasciné par les dragons
  • L’art de l’expérimentation
  • L’esprit de "l’architecte de Dieu" plane aux alentours
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Il pourrait presque la toucher en tendant le bras. Ferran Tomàs, 65 ans, réside dans l’un des immeubles qui entourent le chantier de la Sagrada Família, la basilique de la Sainte-Famille. Le producteur de cinéma, dont le dernier film a été lancé sur Netflix en février, emprunte l’escalier de la copropriété et grimpe en direction du toit-terrasse, comme il le fait de temps à autre pour observer l’avancée des travaux. Jovial, il ouvre une porte métallique fermée à double tour, enjambe une dernière marche. Droit devant, le monument surgit, projetant une ombre écrasante sur l’immeuble de Ferran en cette matinée ensoleillée. Vu d’ici, la croix monumentale à quatre branches hissée à la fin de l’hiver 2026 au sommet de la plus grande tour de l’église, la tour de Jésus-Christ, paraît gigantesque. Son équilibre semble précaire, au-dessus de l’étoile lumineuse qui coiffe la tour de la Vierge Marie, voisine plus petite. Quand Ferran est né, le chantier, démarré en 1882 et financé par des dons, avait déjà environ 80 ans. "Quand j’étais petit, je venais jouer dans les tas de sable du chantier, se souvient-il. Il n’y avait alors que la façade nord-est, celle de la Nativité, et les premières tourelles symbolisant quatre des douze apôtres."

Au lieu de suivre l’ordre habituel des bâtisseurs, d’abord les fondations, ensuite les murs, et enfin le toit, l’extravagant architecte moderniste Antoni Gaudí avait effectivement préféré dresser d’abord une façade entière, afin de donner rapidement aux habitants de Barcelone une idée du projet qu’il avait en tête. Un "teasing" destiné à attirer les dons et sécuriser financièrement la poursuite de cet édifice commandité par un libraire catholique fervent, Josep Maria Bocabella i Verdaguer, qui voulait en faire un "temple expiatoire", où les fidèles pouvaient effacer leurs péchés en échange de monnaie sonnante et trébuchante. "C’était comme un décor de film vertical et tout plat, qui laissait les Barcelonais parfaitement indifférents", dit Ferran, qui pour sa part trouve "magnifiques" ces premières structures de l’édifice religieux. Le maître d’œuvre n’en vit pas davantage. Le 10 juin 1926, Gaudí mourut des suites d’une collision avec un tramway, à presque 74 ans. Le reste de la basilique, sorti de terre, pour l’essentiel, bien plus tard, après les Jeux olympiques accueillis par la capitale catalane en 1992, laisse Ferran Tomàs dubitatif: "L’église que les hordes de touristes viennent photographier est toute récent...
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