À Mayotte, reconstruire autrement ou décider encore sans le territoire ? - Mayotte Hebdo

Amélie Constant - Mayotte Hebdo - 26/05
En duplex entre les studios de Daman Studio à Chiconi et l’auditorium de la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, la 14ᵉ table ronde du CAUE de Mayotte a rapidement dépassé le cadre architectural. Sous l’intitulé « Reconstruire autrement face aux aléas, quelle condition d’habitabilité pour Mayotte ?…

En duplex entre les studios de Daman Studio à Chiconi et l’auditorium de la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, la 14ᵉ table ronde du CAUE de Mayotte a rapidement dépassé le cadre architectural. Sous l’intitulé « Reconstruire autrement face aux aléas, quelle condition d’habitabilité pour Mayotte ? », c’est une question politique majeure qui s’est imposée : qui décide de la reconstruction de Mayotte, et avec qui ?

Organisée jeudi 21 mai, 523 jours après le passage du cyclone Chido, la rencontre a réuni architectes, juristes, élus et acteurs du territoire. Mais derrière les échanges sur le logement, les normes, le foncier, les matériaux ou les risques, un constat s’est dégagé : la reconstruction semble encore trop souvent pensée à distance du territoire.

Mansour Kamardine, avocat, ancien maire de Sada et ancien député de Mayotte, a dénoncé une défiance de l’État envers les élus et les acteurs mahorais. À ses yeux, la création d’un établissement public de reconstruction et de développement de Mayotte (EPRDM) traduit moins une volonté d’efficacité qu’une méfiance envers les collectivités locales. Or selon lui, « Tout ce qui se fait pour nous et sans nous est fait contre nous. »

Cette défiance se retrouve dans le vocabulaire même de l’action publique. Depuis Chido, les pouvoirs publics parlent de « refondation ». Pour Nicola Delon, architecte et cofondateur d’Encore Heureux, le terme est loin d’être neutre : « Refonder, ce mot-là est extrêmement violent. Quand vous refondez un bâtiment, c’est la table rase et vous le refaites. En fait, il ne faut pas refonder. Il faut réparer, accompagner, améliorer. » Derrière le mot, deux visions s’opposent : effacer pour créer, ou réparer à partir de l’existant avec les habitants, les villages, les fundis, les solidarités familiales, les savoir-faire et les ressources locales.

Kamardine a souligné l’inadaptation de certains outils annoncés, comme les prêts à taux zéro proposés aux particuliers. Sur le papier, le dispositif peut sembler protecteur. Dans les faits, il se heurte aux critères bancaires : personnes âgées, ménages déjà endettés, familles sans assurance ou sans capacité d’emprunt restent à l’écart. À Mayotte, où l’assurance habitation demeure très faible, la reconstruction privée repose encore largement sur les proches. « La vraie reconstruction ici, c’est le système D, chacun agissant selon ses moyens et avec comme sécurité sociale la famille », a-t-il résumé.

Le constat rejoint celui de Sinina Ali, juriste en droit de l’urbanisme et de la construction et directrice adjointe du CAUE de Mayott...
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