Avec l’IA agentique, l’entreprise passe de l’humain augmenté à l’humain délégué

Thierry Derouet - ITForBusiness - 15/05
Avec les agents IA, l’entreprise n’augmente plus ses collaborateurs : elle commence à leur demander de déléguer une part de leurs activités.

Avec les agents IA, l’entreprise ne se contente plus d’augmenter ses collaborateurs : elle commence à leur demander de déléguer une part de leur activité à des systèmes capables d’agir. Pour Jean-Philippe Desbiolles et Laurent Prud’hon, auteurs de la deuxième édition de L’IA sera ce que tu en feras, cette bascule impose aux organisations un chantier bien plus profond que le choix d’un modèle : comprendre le travail réel, revoir les processus et gouverner ce que l’on accepte de confier à la machine.

Le problème de l’IA agentique n’est peut-être pas que les machines ne comprennent pas assez bien les entreprises. C’est que les entreprises ne se comprennent pas toujours elles-mêmes. Elles veulent des agents capables d’exécuter des tâches, de dialoguer avec leurs applications, d’automatiser des opérations et de produire des gains de productivité. Mais elles découvrent que leurs processus sont souvent plus flous qu’elles ne le pensaient, que leurs savoir-faire sont mal documentés, et que la délégation à une machine commence par un exercice qu’elles repoussent depuis des années : regarder le travail réel.

Depuis deux ans, les entreprises ont appris à demander à l’IA de rédiger, résumer, traduire, coder, synthétiser ou préparer une réunion. La prochaine étape est d’une autre nature : lui demander d’agir. Ouvrir un ticket. Vérifier un dossier. Manipuler un outil métier. Préparer une décision. Exécuter une partie d’un processus. Interagir avec d’autres agents. En apparence, le saut est technique. En réalité, il est managérial.

Car déléguer à une IA suppose une chose élémentaire, mais rarement maîtrisée : savoir précisément ce que l’on délègue.

C’est tout l’intérêt de la deuxième édition de L’IA sera ce que tu en feras, coécrite par Jean-Philippe Desbiolles, VP & Managing Director d’IBM France et AI & Data Leader, et Laurent Prud’hon, directeur de la Cognitive Factory du Crédit Mutuel – Euro-Information. Leur dialogue est précieux parce qu’il oppose moins deux visions qu’il ne les complète. Desbiolles porte la perspective stratégique, celle de l’IA comme transformation profonde des organisations. Prud’hon ramène chaque promesse à son terrain d’exécution : les serveurs, les modèles, les coûts, les contraintes réglementaires, l’énergie, l’acceptabilité sociale et la réalité des métiers.

Laurent Prud’hon résume cette complémentarité avec une formule souriante : « Jean-Philippe vit dix ans dans le futur, et nous, on vit malheureusement dans le présent. » Encore faut-il, ajoute-t-il, traduire cette vision dans ce que l’entreprise peut réellement faire aujourd’hui. Car entre l’enthousiasme des démonstrations et le passage à l’échelle, il y a tout ce qui fait la vie ordinaire des organisations : les processus, les responsabilités, les données, les arbitrages, les budgets et les limites.

Le débat sur l’IA agentique gagne alors en épaisseur. Il ne s’agit plus seulement de savoir si les modèles sont impressionnants. Ils le sont. Il ne s’agit plus seulement de savoir si les collaborateurs vont les utiliser. Ils les utilisent déjà. La question devient plus exigeante : quelle part du travail l’entreprise est-elle capable de déléguer à des systèmes logiciels sans perdre la maîtrise de sa valeur, de ses compétences et de ses responsabilités ?

Le passage de l’assistance à la délégation

La première vague de l’IA générative a été celle de l’assistance. Elle s’est installée par les usages individuels : rédiger un brouillon, résumer une réunion, reformuler un courrier, accélérer une recherche documentaire, produire...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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