La GPA en Chine : évolution ou prolongation des traditions ?

JournalCNRS - 07/05
La gestation pour autrui se développe en Chine, bien qu’elle y soit officiellement illégale. L’anthropologue Renyou Hou décrypte comment la GPA pourrait faire évoluer les rapports de parenté tout en s’inscrivant dans des pratiques traditionnelles.

Dans quel contexte la gestation pour autrui (GPA), qui permet à une femme de porter l’enfant d’une autre personne ou d’un couple dit « parents d’intention », est-elle pratiquée en Chine ?

Renyou Hou1 On constate que la pratique de la GPA en Chine se développe progressivement, tant dans des parcours domestiques, à l’intérieur du pays, que transnationaux. Bien sûr, nous n’avons pas accès au nombre officiel d’enfants nés par GPA en Chine. Mais, à titre indicatif et d’après mes informateurs sur le terrain, on compterait plus de 400 agences proposant ce service dans le pays, dont au moins la moitié seraient situées à Guangzhou (Canton).

La GPA reste toutefois interdite, tout comme la marchandisation des gamètes. L’insémination artificielle et la fécondation in vitro (FIV) ont, quant à elles, été autorisées le 1er août 20012, mais uniquement dans le cadre du mariage hétérosexuel. Face aux demandes croissantes de la population homosexuelle et des couples hétérosexuels infertiles, notamment ceux dont l’enfant unique est décédé (plus d’un million de personnes) ou ceux pour qui la FIV n’est pas efficace en raison de l’âge, un marché clandestin de la GPA s’est fortement développé, essentiellement via ces agences. 

L’application de l’interdiction est d’ailleurs limitée. D’abord, elle concerne principalement les établissements et le personnel médical réalisant la GPA, et non les parents d’intention. Ensuite, les agences et les cliniques privées qui enfreignent la loi sont soumises à une amende relativement faible, de moins de 30 000 yuans (environ 4 000 euros), ce qui est assez peu dissuasif au regard du coût d’une GPA, qui se situe entre 40 000 et plus de 100 000 euros.

Un couple avec un petit garçon passe devant une affiche vantant la politique de l’enfant unique, en 2004. Déjà critiquée dans le monde par les défenseurs des droits humains, cette politique commence à l’époque à être remise en question en Chine même, du fait de ses conséquences démographiques.

Peut-on dire que la GPA cristallise pour l’État chinois des enjeux con...
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