Une réponse choquante à une vieille question : pourquoi l’Occident soutient-il Israël ?

أحمد نبوي - Aljazeera - 06/05
Lorsqu’Israël est traduit devant la Cour internationale de Justice ou la Cour pénale, les capitales occidentales ne considèrent pas l’affaire comme un procès pour un pays qui a commis des crimes de guerre, mais voient plutôt toute son histoire coloniale sur le banc des accusés.

« Nous devons former à partir de là (c’est-à-dire à partir de la Palestine) une partie des forteresses européennes face à l’Asie et être une base avancée pour la civilisation dans sa lutte contre la barbarie. »

de Theodor Herzl - Le Livre de l'État juif (1896)

Avec cette formulation fondamentale stricte, Theodor Herzl ne proposait pas simplement une manœuvre de négociation pour convaincre les puissances impériales européennes de soutenir l’État souhaité, mais il écrivait plutôt le « code génétique » de la relation de l’Occident avec « l’idée » d’Israël depuis plus d’un siècle.

Aujourd’hui, à chaque confrontation militaire majeure au Moyen-Orient, les capitales occidentales mobilisent l’ensemble de leur appareil politique et militaire. Cette mobilisation nous oblige une fois de plus à poser la question centrale : pourquoi l’Occident soutient-il Israël de cette manière absolue et inconditionnelle ? La réponse toute prête dans la presse et dans le monde universitaire réduit généralement ce soutien au terme « alliance stratégique ». Mais l’utilisation du terme « allié » n’est qu’une simplification déformée de la nature des relations de l’Occident avec Israël, et une erreur qui nous empêche de réaliser la véritable nature de la présence israélienne dans la région.

Lire aussi

liste de 2 éléments
  • liste 1 sur 2 Dialogue à Langley... l'histoire du conflit qui a changé à jamais l'identité du renseignement américain
  • liste 2 sur 2 « Tactiques des années 1980 ». Pourquoi le Hezbollah menace-t-il Israël de la « Décennie sanglante » ?
fin de liste

Politiquement, lorsque nous utilisons le terme « alliance », nous supposons implicitement l’existence de deux entités distinctes, chacune ayant son propre contexte historique et géographique indépendant, et dont les intérêts se croisent temporairement. Les alliances politiques sont de nature contractuelle et utilitaire et sont toujours soumises à des calculs de profits et de pertes. Si l’allié commet une erreur ou devient un fardeau stratégique ou moral, son allié exercera une certaine pression sur lui, réduira son soutien, voire l’abandonnera complètement, comme nous l’enseigne l’histoire politique moderne. Mais le comportement occidental à l’égard d’Israël ne peut s’expliquer par la logique matérielle des alliances, et Israël n’est pas traité dans les cercles décisionnels comme un partenaire soumis à une évaluation constante.

Pour comprendre comment l’Occident perçoit réellement Israël, il ne suffit pas de s’arrêter aux frontières des intérêts communs, mais il faut plutôt démanteler sa véritable position dans la conscience occidentale. L’Occident ne le considère pas comme un État national indépendant ou un partenaire politique, mais le considère comme une extension stratégique et organique de son propre système, une extension qui n’est pas soumise à des calculs de profits et de pertes, mais plutôt à des calculs d’identité et de survie.

Le mythe de l'apprivoisement de l'Orient

Ce point de vue est manifestement évident dans le langage qui justifie la présence israélienne elle-même. Pendant longtemps, et avec beaucoup d’enthousiasme, le discours occidental a adopté le récit israélien classique des « pionniers » aventureux venus de l’étranger pour « faire fleurir le désert ». Lorsqu’un citoyen américain, canadien, australien ou néo-zélandais entend cette phrase, il se souvient inconsciemment de l’histoire de « l’homme blanc » qui porte le fardeau de l’illumination pour « apprivoiser la nature dure et les peuples autochtones sauvages ».

publicité

L’historien israélien Ilan Pappé explique soigneusement cette dynamique dans son livre « Le nettoyage ethnique de la Palestine », lorsqu’il affirme que le sionisme n’a jamais été simplement une idéologie nationaliste, mais a toujours été « un mélange étroitement lié au colonialisme européen du XIXe siècle ». Cet enchevêtrement amène l’Occident à considérer Israël comme une extension de son histoire expansionniste. Ils ne soutiennent pas une entité étrangère, mais soutiennent plutôt leur propre version de « l’apprivoisement de l’Est », conférant à cette base coloniale une familiarité émotionnelle qui l’inscrit dans le même récit occidental.

« Le discours occidental a adopté le récit israélien classique des pionniers aventureux venus de l’étranger pour apporter la prospérité dans le désert. »

Edward Said explique cela dans sa critique fondamentale de l’orientalisme, en disant que l’Occident a façonné son image de centre de rationalité en inventant un « Orient » chaotique et excitable. Au cœur de cet Est, Israël a été implanté pour remplir la fonction de « centre rationnel » moderne entouré par une mer de chaos arabe. Cette conformité identitaire est ce qui fait passer Israël de la catégorie d’« allié » soumis à évaluation et à responsabilité, à la catégorie de « soi » qui doit être défendu à tout prix, et c’est la base sur laquelle a été construit l’arsenal d’arguments culturels et académiques pour justifier la présence israélienne et son immunité absolue.

Villa dans la forêt

Cette vision supérieure se cristallise dans l’une des métaphores politiques les plus célèbres inventées par l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak et constamment utilisée par les politiciens occidentaux, lorsqu’il décrit Israël comme une « villa dans la forêt ». En déconstruisant ...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...