Depuis mars, la guerre au Moyen-Orient a perturbé les marchés mondiaux des engrais. Les prix de l’urée ont bondi de près de 46 % en un mois, alors que les chocs géopolitiques et énergétiques ont frappé les chaînes d’approvisionnement en azote1. Les perturbations causées par les goulots d’étranglement maritimes bloqués, notamment dans le détroit d’Ormuz, limitant les mouvements des pétroliers et les flux de pétrole et de gaz naturel liquéfié, soulignent la nature couplée des systèmes énergétiques et alimentaires mondiaux.
En raison de la crise, le Programme alimentaire mondial a averti que les systèmes alimentaires mondiaux sont soumis à de fortes pressions, avec plus de 360 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë en 2026 et des dizaines de millions menacées de famine (voir go.nature.com/48jygpd).
Cette dynamique fait écho à la crise des engrais de 2022, lorsque l’invasion de l’Ukraine par la Russie a réduit la production d’ammoniac dans toute l’Europe – parfois de plus de moitié – et a poussé les prix des engrais azotés à des niveaux record (voir « Pénuries d’engrais »). La récurrence de ce schéma de choc énergétique provoquant une perturbation des engrais et une insécurité alimentaire révèle une vulnérabilité systémique à laquelle il faut remédier de toute urgence.
Source : go.nature.com/3gha59s
La production d’engrais doit être reconnue comme une infrastructure cruciale pour assurer la sécurité alimentaire. Parallèlement, le secteur agricole doit réduire sa dépendance à l’égard des marchés énergétiques volatils grâce à une gestion précise des nutriments et à des technologies de production diversifiées.
Liens alimentation et énergie
La moitié de la nourriture consommée dans le monde dépend d’engrais azotés synthétiques fabriqués à l’aide d’une méthode industrielle de production d’ammoniac appelée procédé Haber-Bosch2. Ce processus consomme 1 à 2 % de l’énergie mondiale et contribue pour une part comparable aux émissions de dioxyde de carbone. Le gaz naturel sert à la fois de matière première et de source d’énergie primaire, représentant 70 à 80 % des coûts de production d’ammoniac....
[Courte citation de 8% de l'article original]