L’amour avant Tinder

JournalCNRS - 05/05
Grâce à l’analyse d’un million de petites annonces matrimoniales en France, en Amérique du Nord et en Inde, des chercheurs en économie retracent la transformation de nos critères amoureux au XXe siècle avec, en filigrane, l’évolution de nos sociétés.

« Monsieur 28 ans, excellente famille, physique agréable, bonne situation, désirerait épouser demoiselle ayant dot. » : parue dans Le Chasseur français1 en 1896, cette petite annonce prête à sourire. Qui afficherait aujourd’hui sa soif de revenus sur Meetic ou Tinder ?

À l’époque, pourtant, parler argent va de soi. En 1903, un « grand chasseur » sur le point de repartir « au Tonkin2 » précise le montant de son avoir (8000 francs aux colonies et 2700 en France) pour attirer la femme « soignée et instruite » dont il rêve. En 1904, un « jeune homme du grand monde, parfait sous tous rapports, riche, fortune tout en valeurs », déclare sans vergogne rechercher une jeune fille « ayant terres »3. 

Cette franchise n’est pas étonnante. À la question « Qui épouse qui ? », le démographe et sociologue Alain Girard, auteur d’une des premières enquêtes sur le sujet, souligne en 1964 que Cupidon ne frappe pas au hasard : on épouse avant tout quelqu’un de la même origine sociale4. 

Le tournant des années 1970

Il faut attendre la fin des années 1970 pour voir baisser l’homogamie sociale. La société française devient alors plus ouverte, sauf en ce qui concerne « la tendance à l’entre-soi des diplômés des grandes écoles »5. 

Reste à comprendre comment a lieu cette évolution. Croisons-nous plus souvent qu’autrefois des personnes appartenant à des milieux sociaux différents ? Ou bien rêvons-nous davantage à une entente sentimentale parfaite plutôt qu’à un conjoint fortuné ?

Pour le dire autrement, l’é...
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