Le phénomène est fascinant. Si on observe attentivement au microscope, pendant de longues minutes, une cellule fibroblaste de peau ou de cartilage en culture dans une boîte de Petri, on la voit ramper ! Et ce, d’elle-même, sans l’intervention d’agents externes, mais grâce à plusieurs processus cellulaires cycliques coordonnés, répétés en boucle.
Dans un premier temps, la cellule projette une extension large et plate qui s’ancre sur son support, formant ce qu’on appelle un « lamellipode ». Ensuite, la cellule se contracte. Ce faisant, elle décolle sa partie arrière. Puis ce cycle de protrusion, adhésion et contraction recommence, et la cellule avance sur le support… Un cycle assez similaire à la « marche » de l’escargot.
Ce processus de motilité cellulaire, qu’on peut observer lorsque les cellules sont imbriquées dans des tissus, leur permet d’avancer de 10 à 15 micromètres (millièmes de millimètres) par minute. En comparaison, les spermatozoïdes, qui utilisent un tout autre mode de motilité (la nage, grâce à une sorte de queue appelée « flagelle »), peuvent se déplacer de 3 mm par minute, soit 100 à 200 fois plus vite.
Il n’empêche : « La motilité cellulaire intratissulaire est un processus fondamental. Elle est indispensable à la formation et au maintien du corps humain et des autres organismes pluricellulaires (constitués de plusieurs cellules), relève Matthieu Piel, biologiste cellulaire au laboratoire Biologie cellulaire et cancer1, à l’Institut Curie, à Paris. Mieux décrypter ses mécanismes pourrait ouvrir de nouvelles perspectives en médecine, notamment contre le cancer. »
La motilité cellulaire intervient dès les premiers instants de la vie, lors du développement embryonnaire – processus qui débute avec la fécondation et se poursuit jusqu’à la naissance. « Alors, les cellules embryonnaires se déplacent activement sur des distances de plusieurs centimètres. Cela, pour gagner des sites spécifiques correspondant à ceux des futurs organes, et ainsi former les tissus et les organes », explique Matthieu Piel.
Par la suite, une certaine stabilité semble s’installer… Mais elle...
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