Pendant des décennies, la Dépakine a été prescrite comme un traitement de confiance. Désormais, elle incarne l’un des plus graves scandales sanitaires récents. Depuis le milieu des années 1980, le lien entre la prise de valproate pendant la grossesse et les malformations ainsi que les troubles neuro-développementaux chez l’enfant est établi. Plus de 8 300 victimes sont aujourd’hui reconnues et accompagnées.
Et pourtant tout était su. Commercialisée par Sanofi depuis les années 1970, la molécule faisait l’objet de signaux d’alerte connus de longue date. L’entreprise a tardé à informer, a minimisé les risques et poursuivi la commercialisation. À plusieurs reprises, Sanofi a été condamné dans le cadre de procédures civiles individuelles. Malgré ces condamnations, Sanofi conteste sa responsabilité et refuse de participer directement au financement du dispositif de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam). Ce scandale n’aurait pas éclaté sans le combat acharné des familles.
Les victimes ont ainsi dû se battre pour exister. En 2011, Marine Martin, lanceuse d’alerte du scandale de la Dépakine et mère de deux enfants victimes, a créé l’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant (Apesac). Elle gagne contre Sanofi dans une procédure civile en individuel pour ses enfants, fait changer la loi pour rendre l’action de groupe possible en santé et représente la première association à gagner une class action (action collective, procédure judiciaire qui permet à plusieurs victimes d’une même entité de lui intenter un procès – NDLR) en justice contre Sanofi. Elle crée en 2017 le dispositif Valproate à l’Oniam, qui permet aux victimes d’être indemnisées sans passer par une procédure. Mais, aujourd’hui, une injustice majeure demeure.
Jean-Marc Laurent, premier « papa Dépakine », porte plainte pour « administration de substance nuisible » et « mise en danger » de sa fille
Il faut parler des « oubliés de la Dépakine ». En effet, le dispositif actuel exclut totalement les situations liées aux pères. Pourtant, les données scientifiques sont désormais claires : la prise de Dépakine par le père peut altérer la qualité du spermatozoïde et entraîner des effets épigénétiques, augmentant le risque de troubles neuro-dévelop...
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