L’agriculture est l’épine dorsale de l’économie africaine. Il fournit des moyens de subsistance à plus de 70 % de la population rurale et contribue à la sécurité alimentaire et au développement économique du pays.
Pour la plupart des ménages ruraux, l’agriculture n’est pas seulement une source de revenus et de subsistance. Il assure également l’identité culturelle et la stabilité sociale. Toutefois, au cours des deux dernières décennies, l’Afrique rurale a été témoin d’une augmentation des conflits violents qui compromettent la productivité agricole, les investissements et le développement à long terme.
Les agriculteurs confrontés à l’insécurité abandonnent souvent les cultures productives, réduisent l’utilisation des terres et investissent moins dans leurs exploitations. Les conséquences sont graves pour la sécurité alimentaire.
Les conflits détruisent des vies et des biens. Cela modifie également les décisions que prennent les agriculteurs concernant l’investissement dans leurs terres.
Nous sommes des économistes agricoles et appliqués possédant une expertise en matière de développement rural, de système alimentaire durable et d’agriculture intelligente face au climat. Nous avons étudié l’impact des conflits sur les systèmes alimentaires dans les pays du Sud.
L’une de nos études a examiné comment les conflits violents ont influencé les décisions d’investissement agricole parmi les ménages ruraux du Nigéria. Nous avons combiné des données sur les ménages représentatives au niveau national avec des enregistrements détaillés des conflits, pour suivre l'impact de l'exposition à la violence sur l'agriculture.
Les résultats ont montré que les conflits violents modifiaient les décisions d’investissement agricole. Cela a rendu les agriculteurs moins susceptibles de cultiver les principales cultures.
La culture de l’igname, de la patate douce, de l’arachide, du niébé, du maïs et du manioc a décliné à mesure que les conflits se multipliaient. La patate douce a été la plus touchée, peut-être parce qu'elle nécessite beaucoup de travail et plus de temps pour pousser.
Lorsqu’un conflit perturbe l’agriculture en raison de champs abandonnés, de pertes de bétail ou de décisions d’investissement modifiées, il compromet la disponibilité alimentaire et le développement agricole à long terme.
Comprendre ces impacts est utile pour concevoir des moyens d’aider les agriculteurs et de soutenir les systèmes alimentaires dans les zones touchées par le conflit.
Notre étude a utilisé des données de panel de l’étude sur la mesure des niveaux de vie du Nigéria couvrant les périodes 2012/2013, 2015/2016 et 2018/2019.
L'étude nationale fournit des informations détaillées au niveau des ménages. Cela couvre les caractéristiques démographiques, la production agricole, le choix des cultures, l’attribution des terres, l’utilisation des intrants, les coûts de production et la participation au marché.
Nous avons combiné les coordonnées des ménages avec les données géocodées sur les conflits du Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED) pour mesurer l'exposition aux conflits violents. La base de données ACLED fournit des informations détaillées sur les combats, les violences contre les civils, les violences à distance, les manifestations et les émeutes.
Notre étude s’est concentrée sur trois indicateurs d’exposition aux conflits violents :
nombre total d'incidents de conflit
nombre d’incidents violents affectant les civils (y compris les violences liées à Boko Haram)
de nombreux combats, notamment des manifestations, des émeutes et des affrontements entre agriculteurs et éleveurs.
Pour capturer l'exposition locale à la violence, nous avons mesuré les incidents de conflit dans un rayon de 10 km autour de chaque foyer interrogé au cours d'une année donnée.
En reliant les données sur les conflits spatiaux avec les informations agricoles au niveau des ménages à travers plusieurs vagues d’enquête, l’étude a analysé comment l’exposition à des conflits violents a influencé les décisions de production des agriculteurs, l’allocation des terres et les résultats agricoles au fil du temps.
Les résultats indiquent que l'insécurité décourage les agriculteurs de s'engager dans des activités de production qui impliquent plus de risques ou d'investissements à long terme. L’exposition aux conflits affecte également les décisions d’attribution des terres.
L’analyse a montré une réduction de la superficie totale des terres cultivées et une diminution de la part des terres allouées aux principales cultures de base.
Ce schéma suggère que les agriculteurs réagissent à l’insécurité en réduisant leurs activités agricoles, en évitant les parcelles éloignées et en se concentrant sur des zones de terre plus petites ou plus sûres. La réduction des terres cultivées peut entraîner une diminution de la production alimentaire.
Nous avons constaté que les conflits entraînaient une diminution des dépenses consacrées à la production agricole. Les agriculteurs ont investi moins dans les intrants tels que les engrais, les pesticides et la main-d’œuvre salariée.
Les effets variaient selon les types de gestion. Les parcelles gérées par les hommes ont montré des niveaux d'investissement relativement stables. Les coûts de production ont augmenté sur les parcelles gérées par les hommes et les femmes. Cela pourrait être dû au recours à une main-d’œuvre extérieure pendant les périodes d’insécurité.
Les résultats démontrent que les conflits violents affectent les choix de cultures, réduisent l’utilisation des terres et découragent les investissements agricoles.
Les perturbations augmentent également le coût de la production et de la commercialisation agricoles, rendant l’agriculture moins rentable. Les efforts du gouvernement pour soutenir l’agriculture, tels que les subventions aux intrants et les programmes de développement rural, ne fonctionnent pas aussi bien dans les zones de conflit.
Les effets négatifs sont plus graves pour les ménages vivant dans des zones très sujettes aux conflits. Les différends ont des conséquences économiques à long terme.
Les résultats soulignent la nécessité de politiques agricoles sensibles aux conflits et d’interventions ciblées en matière de développement rural.
Premièrement, de solides mécanismes de sécurité rurale et de résolution communautaire des conflits sont essentiels. Le gouvernement et les autorités locales devraient surveiller la sécurité dans les principales zones agricoles et aider les communautés à construire la paix.
Les politiques devraient encourager les agriculteurs à planter des cultures intelligentes face au climat et à faible risque, nécessitant moins d’intrants et ayant des cycles de production plus courts. Cela rendrait les systèmes agricoles plus résilients aux conflits.
Les services de vulgarisation devraient conseiller les agriculteurs sur les cultures à planter, les variétés de semences améliorées et les stratégies agricoles adaptées aux environnements peu sûrs.
Les décideurs politiques devraient investir dans les infrastructures rurales et les systèmes d’alerte précoce, notamment l’accès aux marchés, les réseaux de transport et les systèmes de surveillance des conflits.