Jusqu’en 2013, Khaled Dawwa exerçait son art en Syrie. Parfois presque seul dans l’Atelier Al Boustan, centre culturel indépendant à Damas lancé par le comédien Farès Helou. L'artiste entre en dissidence à sa manière. Malgré le danger encouru, il crée, poste des photos, puis casse ses sculptures, « pour ne laisser aucune trace ».
Grièvement blessé un matin de mai 2013 dans son atelier par des éclats de balles provenant d'un hélicoptère du régime, il est emprisonné à sa sortie de l'hôpital. Pendant deux mois, l'artiste de 36 ans subit un système de terreur dans différentes prisons, au milieu de l'agonie de prisonniers torturés.
« C'était une période terrible, c'était l'été. Il y avait des milliers de gens ; chaque jour, au moins dix personnes mourraient, décrit-il. Leurs corps restaient deux jours à côté de nous, personne ne les retirait de la cellule… c'était fait exprès ».
Il reste abasourdi par cette traversée de l'innommable qui habite ses cauchemars. « Ils ont cassé les souvenirs dans ma tête » dit-il à l’AFP. Ces souvenirs sont transcrits dans ses sculptures comme dans l’œuvre Les mille et une nuit où la forme du prisonnier s’écrase contre sa cellule alors que le décompte inexorable des jours est gravé en arrière-plan.
A sa sortie, il est incorporé de force dans l'armée, dont il réussira à s'échapper avant, la mort dans l'âme, de fuir son pays par le Liban en septembre 2013 et de s'exiler l'année suivante en France où il obtient le statut de réfugié.
Avec Voici mon cœur !, l'artiste dit avoir voulu raconter « tout ce qui n'est plus là : des familles, des souvenirs » et ce qui lui a laissé « une cicatrice au cœur ». Dans son œuvre gigantesque commencée en 2018, Khaled Dawwa utilise du polystyrène et des matériaux fragiles (terre, colle, bois) recouverts d'argile. Il reconstitue un quartier syrien ravagé par les bombardements du régime où gisent des corps sous les gravats, des jouets cassés, au pied d'immeubles soufflés, et qui nous précipite dans le chaos de la guerre.
« Il y a travaillé chaque soir pendant près de quatre ans, ...
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