Le génocide a commencé par une sinistre chanson : Tuye gukora ("Allez, au boulot"). À l’aube du 13 avril 1994, c’est le refrain qu’entendent les villageois postés sur le pont de la rivière Mwogo, dans le sud-ouest du Rwanda. Tharcisse Sinzi, 34 ans à l’époque, l’un des deux seuls karatékas ceinture noire du pays, a regroupé autour de lui une centaine d’hommes, en position de défense. L’angoisse monte dans leurs rangs. C’est alors qu’une bande d’Interahamwe, des miliciens hutus nationalistes, apparaît à l’horizon, machette en main.
Depuis la semaine précédente, quand, le 6 avril, le président rwandais Juvénal Habyarimana, d’origine hutue, a succombé à un attentat attribué aux maquisards du Front patriotique rwandais, tutsi, des cortèges de Hutus sèment la mort à travers le pays. Le cauchemar ne fait que commencer : entre avril et juillet, cette année-là, 800 000 individus, principalement des Tutsis, mais aussi des Hutus pacifiques, seront exterminés. Entre 250 000 et 500 000 femmes tutsies seront victimes de violences sexuelles.