Entretien au long cours avec l'héroïne des Rayons et des ombres de Xavier Giannoli. Plus qu'une révélation, un surgissement inouï comme on n’en a plus vu depuis longtemps.
Comment naît chez vous le goût du cinéma ?
Nastya Golubeva : Sûrement des films que j’ai regardés. J’adore l’idée d’une caméra qui attrape, Le moindre haussement de sourcils. L’hésitation, l’acharnement… J’ai toujours en tête cette même image d’Ingrid Bergman, un visage neutre, mais plein de force, d'ambition et en même temps de fragilité. Quand j’étais petite, j’avais l'impression d’être regardée en permanence. Alors je m’amusais à jouer dans mon quotidien le plus banal avec cette caméra imaginaire. Mais pour vous répondre plus précisément, je dirais que ce goût du jeu a vraiment commencé par le théâtre. Se retrouver sur une scène, c’était soudain vivre et en être est légitime. Être fou.
Vous avez pris des cours ?
Oui mais je n’ai jamais été complètement amoureuse des cours que j’ai suivis. Par contre, j’ai eu la chance d’être scolarisée dans un lycée qui proposait une option théâtre et d’être tombée l’année où cette option est devenue une spécialité. J’ai donc passé un bac théâtre. C’était la seule matière dans laquelle j’étais bonne. Quand je suis arrivée en première, la directrice voulait d’ailleurs me renvoyer à cause de mes résultats dans toutes les autres matières. Il y a eu un conseil de classe et j’ai appris plus tard que ma professeure de théâtre, Alexandra von Bomhard, avait tout fait pour que je reste. Elle disait que le théâtre était ce qui me maintenait à flot. Grâce à elle, j’ai réussi à continuer. Sans elle, j’aurais dû redoubler et là c’est moi qui serais partie. Avec cette spécialité, on a eu la chance d’avoir des intervenants du Théâtre de La Colline qui venaient. On a monté plusieurs pièces. J’étais entourée de personnes qui aimaient vraiment le théâtre et certains sont devenus plus tard de vrais comédiens, que j’admire encore aujourd’hui.
Et que faîtes-vous après le Bac ?
Je me suis inscrite à la fac pour étudier l’histoire, la culture et la langue russe ; j’y suis restée un mois, lieu déprimant, étude trop scolaire. Et puis il y a eu la guerre en Ukraine. J’ai arrêté. Ensuite, j’ai tenté une école de théâtre. Au bout d’un mois, je suis partie, je n’aimais pas les textes. J’ai essayé les conser...
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