Grand Nord : la malédiction des ressources minières

JournalCNRS - 18/03
La crise internationale autour du Groenland a mis en lumière la richesse de son sous-sol… et occulté l’exploitation de ces ressources par ses habitants. Tout autour du cercle arctique, les peuples autochtones se mobilisent pour maîtriser la ruée minière sur leurs territoires.

À première vue, c’est un immense désert blanc. Une gigantesque calotte glaciaire recouvre 80 % de la plus grande île du monde. Et sur ses côtes arides se pressent un peu moins de 60 000 Groenlandais. Pourtant, c’est ce même désert blanc qui suscite depuis plusieurs semaines un grave conflit international entre l’Europe et les États-Unis. L’enjeu : la souveraineté du Groenland, territoire du royaume du Danemark.

Comme d’autres avant lui, le président des États-Unis, Donald Trump s’est laissé prendre au piège de cette « terre de fascination géologique », estime l’anthropologue Pia Bailleul1, autrice d’une thèse sur les ressources naturelles de l’île. Qu’y a-t-il donc de si précieux sur cette froide terre ? C’est sous la surface des glaces que se révèlent les trésors groenlandais.

Des ressources multiples

« On trouve de tout dans le sous-sol, assure la postdoctorante : des diamants, des pierres précieuses comme les rubis, des métaux lourds tels le zinc, le fer et le nickel, ou encore des matières stratégiques, à l’instar des terres rares et du lithium. » Consciente des richesses de l’île polaire bien avant l’actuelle confrontation avec son puissant voisin outre-Atlantique, l’Union européenne a qualifié le Groenland de « territoire critique et stratégique » pour sa transition énergétique dès l’Accord de Paris, en 2015, puis à nouveau dans son Pacte vert, en 2019.

La proposition de Donald Trump d’acheter le Groenland a suscité de vives protestations, comme ici, à Nuuk, la capitale du territoire, le 30 janvier 2026.

Mais que pensent les Groenlandais et les Groenlandaises – des Inuits, pour 90 % d’entre eux – de tous ces regards braqués sur leur territoire ? Ambivalente, leur relation aux ressources minières nourrit depuis un demi-siècle le projet indépendantiste de l’île. Dès 1979 et la loi sur l’autonomie du Groenland, qui transfère aux autorités du territoire presque toutes les responsabilités jusqu’alors exercées par les autorités danoises, le développement minier devient indissociable de la quête d’autonomie groenlandaise.

Un Groen...
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