« L’humanité a toujours vécu avec les virus »

JournalCNRS - 15/03
De la peste noire au Covid-19 en passant par la grippe espagnole ou Ebola, nos sociétés ont souvent été traversées par des crises sanitaires, comme nous le rappelle l’historienne Anne Rasmussen dans cet entretien.

La crise sanitaire actuelle liée à la pandémie de Covid-19 sera pour longtemps gravée dans notre mémoire collective. Quelle est la dernière pandémie à avoir ainsi marqué l’histoire ? Anne Rasmussen1 : Sans aucun doute la grippe dite « espagnole ». À une première vague, apparue au printemps 1918, succéda une seconde, beaucoup plus meurtrière, à l’automne suivant. La situation de guerre mondiale, avec ses déplacements incessants de troupes, de prisonniers, de réfugiés, facilita dans les pays belligérants la propagation d’un virus respiratoire déjà très contagieux. Les épidémiologistes soupçonnaient que, comme aujourd’hui avec le coronavirus, des « porteurs sains » – une notion alors toute nouvelle – contribuaient à disséminer le virus. Dans certains villages en effet, la grippe faisait mystérieusement son apparition, sans que l’on puisse établir une connexion entre la survenue d’un nouveau cas et l’arrivée d’un malade. Bref, le cocktail était explosif.  

On pense aujourd’hui, grâce au travail des historiens, que le bilan (de la grippe espagnole, Ndlr) s’établit plutôt autour de 50 millions de morts, estimation basse. (...) C’était la première pandémie à une échelle aussi globale.

Les premiers bilans qui furent consacrés par les bactériologistes à l’épisode grippal, dans les années 1920, estimaient qu’il avait fait plus de 20 millions de morts. Mais c’était en sous-estimant le tribut en victimes payé notamment par l’Asie que l’on avait du mal à évaluer faute de données d’état civil. On pense aujourd’hui, grâce au travail des historiens, que le bilan s’établit plutôt autour de 50 millions de morts, estimation basse. Cette épidémie était inédite, non seulement pour son terrible bilan, mais aussi parce qu’elle avait balayé toutes les régions du monde sans exception. C’était la première pandémie à une échelle aussi globale.

De jeunes soldats souffrant de pneumonie, infection liée à la grippe espagnole de 1918, dans un camp militaire américain à Aix-les-Bains (Savoie). L’Europe est alors encore en guerre, il y a des offensives et des contre-offensives, et le déplacement des troupes prime…

Aujourd’hui, la mondialisation est pointée du doigt. Était-ce déjà le cas à l’époque de la grippe espagnole ou d’autres épidémies ? A. R. : Oui, dans une certaine mesure. En fait, cela commence dès l’épidémie de grippe précédant la grippe ...
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