Dans les années 80, lorsque Bret Easton Ellis plaçait l’obsession du corps dans le monde hyper-compétitif de Wall Street, le visage masculin devait paraître impitoyablement propre. Patrick Bateman d'American Psycho s'est regardé dans le miroir avec son visage fraîchement rasé, sa peau tendue et bronzée, sans trace de barbe. Dans ce contexte d’entreprise, la pilosité faciale était une anomalie qui indiquait du désordre, de la négligence, un manque de fiabilité et même des nuances de socialisme.
Depuis, nous sommes passés d’un rasage impeccable à trois jours quatre-vingt-dix ; du hipster barbu des années 2010 au retour actuel des barbes plus précises, des moustaches fortes ou de la barbiche contenue. La pilosité faciale va et vient comme des pattes d'éléphant, mais elle occupe toujours une place centrale dans la construction de l'image masculine. Emmanuel Carrère l'a montré dans son roman La Moustache : il suffit d'éliminer un détail du visage pour que l'identité commence à se fissurer.