10 clés pour comprendre le radicalisme islamique

Infobae - 08/03
Dans une avant-première exclusive pour Infobae, l'analyste international Gabriel Ben-Tasgal explique dix concepts fondamentaux pour comprendre le phénomène du radicalisme islamique contemporain. Les questions et réponses font partie de son prochain livre sur l'Islam politique et le djihadisme (300 questions en 300 mots sur le radicalisme islamique).
Des membres du Parlement iranien chantent en soutien au Corps des Gardiens de la révolution islamique tout en portant des uniformes militaires à Téhéran (Hamed Malekpour/agence de presse de l'Assemblée consultative islamique/WANA via REUTERS)

Est-il vrai que pour l’Islam traditionnel, il n’y a pas de séparation entre les autorités civiles et religieuses ?

Les États modernes, organisés selon le modèle occidental de l’État-nation, reposent généralement sur le principe de laïcité, l’un des piliers de la Révolution française. Cette valeur implique que les questions religieuses appartiennent à la sphère privée de l'individu et ne doivent pas intervenir dans la législation ou dans le fonctionnement des institutions de l'État. Dans Matthieu 22 :21, Marc 12 :17 et Luc 20 :25, nous lisons : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

La laïcité est possible dans les sociétés qui ont traversé un processus de sécularisation. En revanche, là où ce processus n’a pas eu lieu, l’application forcée de ce modèle peut générer un fort rejet. Cette tension est également évidente dans certains secteurs du judaïsme orthodoxe en Israël, et est encore plus marquée dans l’Islam traditionnel, qui ne fait pas de distinction entre religion et politique. Dans ce cadre, on considère que « la religion et l’État sont jumeaux ».

Pour l’Islam classique, la charia islamique est le système juridique suprême, supérieur à toute réglementation créée par les êtres humains. Dans cette vision, une loi d’État n’est que le produit circonstanciel de majorités parlementaires transitoires, sujettes à des changements de composition et d’opinion. En revanche, la charia, issue d’une source divine, est immuable et au-dessus de toute autre législation.

Une autre différence fondamentale réside dans la séparation des pouvoirs, fondement du système démocratique occidental. Dans l’Islam classique, une telle division n’existe pas : le prophète Mahomet et les califes qui lui ont succédé étaient à la fois législateurs, juges et exécuteurs testamentaires. Ainsi, l’idéal politique islamique ne conçoit pas un pouvoir civil autonome, mais plutôt un gouvernement subordonné à l’Islam, dans lequel toute autorité doit être alignée sur les prescriptions de la charia.

Cette conception met en tension la compatibilité entre la démocratie libérale occidentale et la pensée politique islamique traditionnelle.

Que signifie la Taqiyya, si développée dans le chiisme ?

Taqiyya est un terme arabe qui signifie « prudence » ou « dissimulation ». Il fait référence à la doctrine qui permet à un croyant de cacher sa foi ou de ne pas respecter certains préceptes religieux dans des contextes de menace, de persécution ou de danger extrême.

La Taqiyya permet, par exemple, à un chiite en danger de mort de renier extérieurement sa foi tout en la préservant intérieurement, reprenant sa pratique lorsque la menace cesse. Théologiquement, cela est considéré comme un acte de sagesse qui protège la foi sans sacrifier l’intégrité spirituelle. Il ne s’agit pas d’une autorisation générale de mentir, mais plutôt d’une stratégie de survie autorisée dans des situations extrêmes.

Quelques exemples traditionnels illustrent l’application de cette norme, comme la coutume bien connue de certains chiites de ne pas exprimer de respect envers les personnalités sunnites qu’ils considèrent comme des usurpateurs du califat, mais qui, par crainte de représailles, sont contraintes de montrer du respect ou simplement de garder le silence.

Le concept a également été adopté par d'autres groupes religieux minoritaires d'origine islamique, tels que les Druzes et les Baha'is.

Il existe plusieurs références coraniques qui soutiennent cette pratique. Par exemple : « Quiconque, après avoir cru, renie sa foi… sauf ...
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