Quiconque a déjà lu la notice d’un médicament a pu être surpris qu’aucune préconisation en fonction du sexe n’y soit mentionnée, à l’exception de celle destinée aux femmes enceintes. Loin d’être anodine, cette lacune témoigne du désintérêt de la médecine moderne pour le sexe féminin.
« Jusqu’à une époque pas si lointaine, les femmes étaient considérées comme des hommes en plus petit, raconte Colette Denis, chercheuse en pharmacologie à l’Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires de Toulouse. En dehors de l’appareil reproducteur et du cycle menstruel, il était communément admis, au sein de la communauté scientifique, qu’il n’existait pas de différences notables entre les physiologies féminine et masculine. »
Cette vision réductrice, largement entretenue par des institutions médicales dirigées exclusivement par des hommes, a servi pendant de très nombreuses années à légitimer l’absence des femmes dans le champ de la recherche en santé. « Aussi surprenant que cela puisse paraître, les grandes questions scientifiques autour de la cardiologie, des maladies neurodégénératives, ou encore de l’obésité ont principalement été explorées à partir de groupes d’individus masculins », confirme Carina Prip-Buus, directrice de recherche CNRS à l’Institut Cochin 1, où elle étudie les différentes fonctions métaboliques.
Selon cette même logique de simplification, les femmes ont été exclues des essais thérapeutiques destinés à évaluer l’efficacité, mais aussi la possible toxicité des nouveaux médicaments. En 1977, aux États-Unis, la Food & Drug Administration (FDA, Agence des produits alimentaires et médicamenteux) a purement et simplement décidé d’interdire leur participation à ces études, à la suite de deux grands scandales sanitaires survenus entre la fin des années 1950 et le début des années 1970.
Le premier impliquait le thalidomide, un médicament antinauséeux prescrit aux femmes enceintes qui causa de graves malformations chez des milliers de nouveau-nés. Le second concernait le Distilbène destiné à prévenir les fausses couches et ayant engendré cancers et anomalies génitales chez les futures mères et leur descendance.