Comme tous les matins, des centaines de fidèles apportant des offrandes de fleurs et de bananes se pressent à l’entrée du temple hindou de Kandaswamy Kovil, à Nallur, le centre historique de Jaffna, la capitale de la province du Nord. Ses cinq gopuram (tours trapézoïdales), dont le plus haut s’élève à 33 mètres, sont richement sculptés et recouverts d’ocre doré qui fait briller l’édifice de mille feux. Avant de franchir l’enceinte aux murs zébrés de lignes rouges et blanches, typiques de la région, les dévots retirent leurs chaussures. Les hommes se présentent torse nu, signe d’égalité devant Murugan : le dieu hindou de la jeunesse, de la guerre et de la sagesse, déité ancestrale des Tamouls, est vénéré dans des volutes d’encens et de camphre, qui se mêlent aux effluves de jasmin dont l’air est chargé. Des brahmanes sortent sa statue de son sanctuaire et défilent avec elle autour de l’édifice au son d’un hautbois et d’un tambour, dans une liturgie bruyante et colorée qui tranche avec le calme régnant autour des stupas, immenses dômes blancs autour desquels les bouddhistes tournent en silence à toute heure du jour, que l’on trouve surtout dans le centre et le sud du pays.