« Les réfugiés font-ils l’objet d’un commerce ? » L’ONU remet en question l’échange d’asile entre le Royaume-Uni et la France 

GlobalVoices - 28/02
Un accord « un entré, un sorti » liant les expulsions aux admissions légales suscite des critiques concernant les détentions, la force et les risques de refoulement.

Capture d'écran de la vidéo « Le Parlement britannique débat du « projet de loi sur la migration illégale » mise en ligne sur YouTube par Al Jazeera English. Utilisation équitable

Un accord controversé « one in, one out » entre le Royaume-Uni et la France liant les retours forcés des personnes arrivant à bord de petits bateaux à des admissions légales équivalentes a suscité de vives critiques de la part des experts des droits de l'homme des Nations Unies. Dans une lettre publiée début février 2026, les experts ont mis en avant des cas documentés où des personnes ayant fui la guerre, la torture et les trafics (notamment du Soudan et de Gaza) ont été placées en détention et soumises à la force avant d'être renvoyées en France dans le cadre de cet accord.

Les défenseurs des droits de l’homme affirment que le projet pilote, destiné à réduire la migration irrégulière à travers la Manche, traite les demandeurs d’asile comme « des colis, et non des personnes » et risque de transformer un droit humain individuel en une marchandise échangée entre États pour des raisons de commodité politique.

Un accord fondé sur l’échange et non sur la protection

Dans le cadre du programme « un entré, un sorti » entre le Royaume-Uni et la France, les personnes qui arrivent au Royaume-Uni par petit bateau et qui sont sélectionnées pour revenir peuvent être renvoyées en France. En échange, le Royaume-Uni accepte d’admettre un nombre équivalent de personnes en provenance de France via des itinéraires sûrs désignés.

Le droit international des réfugiés reconnaît le droit de demander l’asile comme un droit individuel fondé sur le risque personnel et la persécution, et non comme un quota négociable ou un exercice comptable. Les critiques soutiennent qu’en associant une admission légale à chaque expulsion, cet arrangement marchandise les personnes en quête de protection.

Les préoccupations écrites des neuf experts des droits de l'homme de l'ONU – y compris des rapporteurs spéciaux – décrivent des cas où des personnes en attente d'expulsion ont été détenues avant d'être expulsées et soulèvent des questions sur les critères de sélection et d'éligibilité arbitraires. La lettre avertissait que le processus « pourrait en soi équivaloir à un traitement cruel, inhumain et dégradant ».

Rapports de force lors des éloignements

Les organisations de défense des droits ont également documenté des traitements pénibles lors des détentions et des expulsions. Une déclaration commune des groupes de soutien aux réfugiés note que des personnes ayant des antécédents de torture, de traite ou de violence grave ont été détenues dans des centres de type prison et soumises à des contraintes, à la ségrégation et à la force alors qu'elles étaient préparées à être expulsées. Pour les survivants d’un traumatisme, de telles pratiques risquent de subir un nouveau traumatisme et d’aggraver les problèmes de santé mentale.

Un rapport d'un groupe de défense a décrit des cas dans lesquels des survivants de torture et de violences extrêmes ont été contraints à des procédures d'expulsion sans garanties appropriées. Il s’agit notamment de personnes originaires de zones de conflit comme le Soudan et la bande de Gaza, où la guerre et le génocide ont déplacé des millions de personnes.

Voix de la société civile

Des organisations de la société civile au Royaume-Uni et en France ont exhorté les compagnies aériennes et les sociétés impliquées dans les vols d'expulsion à reconsidérer leur rôle dans ce projet. Dans des lettres coordonnées, 28 ONG ont exhorté les transporteurs à cesser de coopérer aux expulsions, qualifiant les expulsions de « cruelles et forcées » et soulignant l’implication des survivants de la traite et de l’esclavage moderne.

Un porte-parole d’une coalition des droits a déclaré que cette politique « est une manière déshumanisante de traiter les personnes venues ici pour se mettre à l’abri de la guerre et des persécutions », arguant que le système échange effectivement des personnes pour atteindre des objectifs politiques plutôt que pour protéger leurs droits.

Questions juridiques et éthiques

Les gouvernements mettant en œuvre l’accord affirment qu’il est conforme au droit national et international et qu’il peut contribuer à réduire les traversées maritimes dangereuses. Cependant, les groupes de défense des droits se demandent si les principales protections ont été respectées et si une évaluation adéquate des besoins de protection a eu lieu avant les expulsions.

Les experts de l'ONU ont posé aux deux gouvernements des questions détaillées sur des aspects non publiés du projet pilote, notamment sur la manière dont les décisions sont prises sur les personnes renvoyées et sur les garanties existantes pour empêcher le refoulement ultérieur, c'est-à-dire le retour des personnes vers un endroit où elles pourraient être en danger.

Ce que cela signifie pour les droits universels

Lorsque les politiques d’asile sont structurées autour des échanges bilatéraux plutôt que des besoins de protection individuels, les critiques affirment que le concept même des droits humains universels s’en trouve affaibli. Les avertissements des experts de l’ONU et les réponses de la société civile laissent entrevoir un débat plus large sur la question de savoir si de tels projets pilotes respectent l’esprit de la Convention relative aux réfugiés de 1951 et les obligations qui y sont liées en matière de droits de l’homme.

Alors que l’accord entre le Royaume-Uni et la France se poursuit, des questions persistent quant à savoir jusqu’où les États peuvent aller pour équilibrer le contrôle des migrations avec les obligations de sauvegarder la dignité et les droits de ceux qui cherchent refuge. Si la protection devient subordonnée à un échange politique, le droit d’asile pourrait être transformé en une inscription dans le grand livre plutôt qu’en un droit individuel inviolable.

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