« Des chiffres inquiétants » ; « la situation est explosive » ; « on vous cache tout »… Comme avant chaque élection, ce type de déclarations envahit le Web à l’approche des municipales. Ni franchement vraies, ni clairement fausses, ni totalement inventées, ni précisément démontrables, elles s’appuient sur un lexique vague et subjectif. Et orientent la perception du public avant même qu’il dispose d’éléments factuels. On peut souligner l’absence de source précise, le manque de contexte ou de recul sur les faits évoqués. Mais ces approches peinent à saisir ce qui se joue dans cette zone grise, où la véracité des énoncés compte finalement moins que la manière dont ils sont cadrés et hiérarchisés.
« C’est précisément dans cet entre-deux, entre information et interprétation, que se situent les travaux de TrustedNews1 », souligne Paul Égré2, coordinateur de ce projet de recherche et spécialiste de philosophie du langage. Depuis 2019, ces travaux explorent différentes méthodes pour caractériser les zones de flou informationnel et leur influence dans les débats publics.
« L’idée n’est pas de créer un “ministère de la Vérité” », tient à préciser Guillaume Gravier3, partenaire du projet et chercheur en traitement automatique du langage. Il n’y a pas d’un côté une bonne information, vraie et officielle, et de l’autre des contrevérités, qui auraient pour seul tort de ne pas reprendre les mêmes éléments de langage…« Les contenus les plus problématiques ne sont ni totalement vrais ni complètement faux, ajoute Paul Égré. Souvent ils reposent même sur des éléments factuels. »
Imaginons que l’information suivante soit vraie : « Jeudi 12 septembre, à la suite d’un accident exceptionnellement grave en gare de Bordeaux, 8 TGV ont eu 15 à 30 minutes de retard ». Une reprise vague et subjective de cet énoncé pourrait être : « Les trains sont tout le temps en retard ! Hier encore à Bordeaux… ».
« La qualification de fausse information pour ces raccourcis de discours n’est pas suffisamment adéquate », résument les chercheurs, qui préfèrent parler ici de « mésinformation ». En revanche, ces différentes façons de présenter un événement n’ont pas le même degré de précision, de factualité ou encore de neutralité. L’ambition...
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