"La Chine est en passe de refermer le siècle des humiliations" : l'analyse au scalpel de Robin Rivaton

Propos recueillis par Anne CaganPublié le 23/02/2026 à 07:30 - L'Express - 23/02
Marché unifié, concurrence interne féroce... L'essayiste analyse à la loupe les ressorts qui assurent à la Chine tant de succès industriels.

Donald Trump ira jauger son plus grand rival en avril. Juste avant la décision de la Cour suprême invalidant une grande partie de ses droits de douane, le président américain a confirmé qu'il se rendrait en Chine. Les tariffs n’ont de toute façon pas réussi à enrayer la folle ascension de la deuxième puissance mondiale. "Le modèle chinois arrive à maturité", affirme l’essayiste et chroniqueur à L'Express Robin Rivaton dans son dernier livre Why China will run the 21st century. Les Européens continuent, hélas, de l’analyser de travers, estime ce fin connaisseur de la Chine. Entretien.

L’Express : Les Occidentaux ont compris tardivement que la Chine était bien plus qu’une usine à bas coût. Commettent-ils d'autres erreurs à son sujet ?

Robin Rivaton : Plusieurs erreurs de lecture circulent encore. La première concerne le coût du travail : l'avantage comparatif chinois ne repose plus sur des salaires bas - ceux-ci sont désormais largement supérieurs à ceux des pays voisins d'Asie du Sud-Est. La compétitivité chinoise tient plutôt à sa capacité d'innovation, à la montée de l'automatisation et à ses 3,6 millions de PME industrielles très réactives. Deuxième idée fausse : celle d'une Chine où la propriété intellectuelle serait systématiquement bafouée. Le pays innovant de plus en plus, l'outil judiciaire s'est considérablement renforcé dans ce domaine. Troisième préjugé : la Chine serait une économie tournée vers l'export. C'est inexact. Ses productions sont avant tout destinées à un marché intérieur immense et très unifié. Enfin, l'image d'une économie étatisée où un État central choisirait ses champions en amont ne correspond pas à la réalité. C'est en fait une économie extrêmement concurrentielle.

Il y a néanmoins une planification étatique et des subventions publiques significatives. Des ingrédients qui en Europe échouent d’ailleurs souvent à produire les résultats visés. Comment expliquer que cela marche en Chine ?

La Chine subventionne effectivement davantage son économie (4,5 % du PIB) qu'en Europe (1,5 %) ou aux États-Unis (2,5 %), mais pas sous forme de chèques. Ce sont essentiellement des loyers réduits, des allègements fiscaux et des subventions à l'électricité. À cela s'ajoute une compétition féroce entre collectivités locales, qui développent chacune leurs propres politiques de soutien aux entreprises. Il en résulte une concurrence redoutable, avant qu'une phase de consolidation ne s'enclenche. Dans le secteur des véhicules électriques, plus d'une centaine d'entreprises chinoises se sont ainsi affrontées avant qu'une dizaine s'impose et concentre 90 % du marché.

Quel rôle jouent les bulles spéculatives dans le modèle de développement chinois ?

Les Chinois acceptent qu'il y ait, au départ, une phase irrationnelle et du gaspillage de capital. Ce c...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...