La Croatie entre les exigences de l’intégration européenne et les défis de la construction de l’identité nationale

د. كريم الماجري - Aljazeera - 22/02
Cet article repose sur l’hypothèse selon laquelle l’expérience croate ne peut pas être lue à travers le prisme du succès ou de l’échec, mais plutôt comme un chemin de transition complexe.

La Croatie représente l’un des cas les plus révélateurs de la complexité de la transition politique et de la construction de l’État dans l’espace balkanique post-yougoslave. Depuis qu'il a déclaré son indépendance en 1991, le pays s'est engagé sur une voie multidimensionnelle, combinant guerre et reconstruction de l'État, s'efforçant de consolider l'identité nationale et l'intégration progressive dans le système européen. Cette voie a fait de l’expérience croate un modèle révélateur de la nature des défis auxquels sont confrontés les États sortant d’un conflit armé alors qu’ils cherchent à passer de l’État-nation émergent à un État intégré dans des cadres régionaux supranationaux.

L'indépendance de la Croatie n'était pas simplement une transformation juridique ou politique, mais représentait plutôt un moment fondateur qui reposait les questions de souveraineté, d'appartenance, de légitimité et de frontières de l'État national dans un environnement régional très fragile. La construction de l’État s’est accompagnée d’une guerre sanglante qui a eu de profondes répercussions sur la structure sociétale, l’économie nationale et les relations ethniques. Cela a également créé une mémoire nationale chargée qui a ensuite affecté le cours de la transformation démocratique et la nature des relations avec les institutions européennes.

Lire aussi

liste de 2 éléments
  • liste 1 sur 2Pourquoi Trump hésite-t-il à faire la guerre à l'Iran ?
  • liste 2 sur 2Les Frères musulmans en Syrie…un retour en arrière ou une solution ?
fin de liste

Dans ce contexte, l’intégration européenne n’est pas apparue uniquement comme une option technique, mais s’est plutôt transformée en un projet politique global visant à réorganiser l’État croate aux niveaux juridique, institutionnel et économique. Le processus d’adhésion à l’Union européenne constitue le cadre de référence de base pour la période d’après-guerre. Un vaste ensemble de réformes liées à la démocratie, à l’État de droit, aux droits de l’homme et à l’économie de marché ont été imposées, dans le cadre de ce que l’on appelle le mécanisme de « conditionnalité européenne ».

Cependant, cette voie, malgré son succès dans l’avancement du processus de transformation institutionnelle, n’a pas mis fin à la tension existante entre la logique de l’État-nation et la logique de l’intégration supranationale. Avec l'adhésion de la Croatie à l'Union européenne en 2013, le pays est passé du stade du respect des normes d'adhésion au stade de la gestion des contradictions structurelles entre la souveraineté nationale et les exigences de l'intégration européenne, et entre la confidentialité de l'identité et les exigences de l'engagement dans une valeur et un système politique communs.

publicité

Cet article part du principe que l’expérience croate ne peut pas être lue à travers le prisme du succès ou de l’échec, mais plutôt comme un chemin de transition complexe, dans lequel l’État teste les limites de sa capacité à concilier la construction nationale avec l’intégration européenne, et entre les exigences de stabilité interne et les obligations d’engagement régional et international. Par conséquent, nous commencerons par analyser le développement de l’État croate depuis la période post-conflit, jusqu’à l’étape d’adhésion à l’Union européenne et jusqu’à sa position actuelle au sein du système européen, en mettant l’accent sur les problèmes de construction de l’État, les transformations de l’identité nationale et les défis économiques et politiques en cours, dans le cadre d’une approche analytique à plusieurs niveaux qui relie les deux dimensions, interne et externe.

La première prière Tarawih en Croatie ce mois-ci (Anatolie)

Voies de reconstruction de l’État et de la société dans la période post-conflit (1995-2013)

  • De la guerre à l’établissement de la souveraineté nationale

La fin de la guerre de Croatie, en 1995, a ouvert une nouvelle phase complexe dans l'histoire de l'État, représentée par le passage de la logique du conflit militaire à la logique de la consolidation de la souveraineté et de la reconstruction des institutions. Malgré le succès militaire remporté par Zagreb dans la récupération de la plupart de ses terres, la pleine souveraineté n'a pas été effectivement atteinte, en particulier dans la région de la Slavonie orientale. Cette réalité a imposé l’adoption d’une approche transitoire exceptionnelle représentée par « l’Accord d’Erdut » et la création d’une Administration intérimaire des Nations Unies (ATNUSO), qui visait à réintégrer progressivement la région dans l’État croate, avec des garanties sécuritaires et juridiques pour la population ethnique serbe.

Cet arrangement international constitue un modèle unique de réintégration pacifique et contribue à éviter le retour du conflit, mais en même temps il place le facteur international au cœur du processus de construction de l’État national. Cela a établi un modèle d’interaction continue entre l’État croate et les institutions internationales, qui s’est ensuite manifesté sous une forme plus complexe au cours de l’intégration européenne.

  • Reconstruire les institutions politiques et constitutionnelles

La période d’après-guerre a été marquée par une nette concentration sur ...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...