C'est une crise qui a fait trembler les rayons de pharmacies et de supermarchés de plus de soixante pays. Depuis décembre, des rappels massifs de laits infantiles se succèdent en Europe : Nestlé (Guigoz, Nidal), Lactalis (Picot), Danone (Aptamil, Gallia, Blédilait), Vitagermine (Babybio)… En cause : la céréulide, une toxine retrouvée dans un ingrédient commun à toutes ces marques, une huile riche en acide arachidonique (ARA). Celle-ci a été fournie par un unique fabricant chinois, Cabio Biotech, basé à Wuhan. L'entreprise est l’un des leaders mondiaux de la production d'huile d'ARA (qui est concentrée en Chine et aux États-Unis : aucune usine n'existant en Europe) et revendique plus de 300 partenaires dans le monde.
Trois signalements de décès de nourrissons ont été portés à la connaissance des autorités sanitaires. Aucun lien de causalité n'a été établi à ce stade, mais des enquêtes judiciaires sont en cours. L'évaluation menée en urgence par les autorités européennes a conclu, le 19 février, que le risque était désormais "faible". Reste que l'affaire a suscité une inquiétude légitime chez les parents et a mis en lumière un paradoxe. Alors que le lait infantile peut être le premier - et parfois le seul - aliment d'un nourrisson pendant des mois, rares sont ceux qui savent ce qu'il contient vraiment et comment il est fabriqué.
Les laits infantiles sont fabriqués à partir de lait de vache, dont la composition diffère sensiblement du lait maternel. Et pour cause, il est adapté au veau - qui marche dès la naissance et a besoin de développer rapidement sa masse musculaire -, pas aux nourrissons. Ses protéines sont trop concentrées et mal équilibrées pour le système digestif d'un bébé. Ses graisses sont inadaptées au développement du système nerveux. Il est déficitaire en fer et en certaines vitamines et ...
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