Suite à la violation flagrante du droit international que représente l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro, le Moyen-Orient a connu une forte escalade des tensions ces dernières semaines. Cela a alimenté les spéculations croissantes sur la possibilité que les États-Unis et l’Iran sombrent dans une confrontation directe.
Cependant, comprendre pourquoi Washington s’est abstenu jusqu’à présent de s’engager dans une action militaire contre l’Iran nécessite une lecture plus approfondie que la simple comparaison de l’équilibre des forces. Les États-Unis n’hésitent pas faute de capacités militaires. Au contraire, elle possède une écrasante supériorité en termes de capacités. La source de l’hésitation réside plutôt dans le fait que le recours à la force, dans le cas iranien, ne conduit pas automatiquement à une décision rapide, alors que la rapidité est la monnaie politique à laquelle Donald Trump attache la plus haute importance.
Il existe en Occident le sentiment que l’Iran est un pays épuisé et faible, et qu’il ne fait que prétendre être cohésif. Cependant, cette perception repose sur une hypothèse fondamentale et incorrecte, selon laquelle toute guerre avec l’Iran sera rapide, maîtrisable et se terminera d’une manière qui servira les intérêts américains. C’est une hypothèse dangereusement naïve.
L’Iran a passé des décennies à se préparer à un type de conflit très différent, non pas pour une victoire éclair, mais pour s’assurer que tout conflit avec ses adversaires serait durable et coûteux. Sa stratégie ne repose pas sur le contrôle régional ou sur la réalisation de victoires éclatantes, mais plutôt sur la fermeté et l’imposition de coûts élevés. Il ne cherche pas à porter un coup fatal, mais plutôt à attirer ses adversaires dans des guerres d’usure qui gaspillent leurs ressources, érodent leur capital politique et consomment du temps, jusqu’à épuiser même les armées les plus puissantes.
C’est précisément ce qui explique l’hésitation américaine persistante et pourquoi Trump agit avec une prudence particulière. C'est un joueur naturel, mais ce n'est pas un joueur suicidaire. Il prend des risques lorsqu’il voit que les chances sont en sa faveur et que le retour est rapide et direct. Quant à l’Iran, il représente pour lui un scénario différent : des risques élevés avec des gains limités, une voie presque sans issue vers une résolution finale et aucune garantie d’une victoire nette et rapide.
Une marche pro-iranienne à Istanbul avec des photos de l'ancien président vénézuélien Nicolas Maduro (Getty)La guerre moderne entre puissances technologiquement avancées ne concerne plus principalement les plates-formes d’armes, les tactiques ou les doctrines militaires, mais plutôt les calculs, plus précisément, le taux d’échange entre les munitions offensives et les interceptions défensives, ainsi que l’ampleur des stocks derrière chacune d’elles.
De nombreux analystes s’inquiètent des taux d’interception : combien de missiles iraniens ont été abattus ? Quelle est l’efficacité des systèmes de défense antimissile israéliens ou américains ? Cependant, la question fondamentale n’est pas la performance des défenses dès le premier jour, mais plutôt la question de leur capacité à perdurer dans le temps.
Les intercepteurs de défense antimissile balistique sont non seulement coûteux, mais aussi lents à produire. Quant aux missiles offensifs – notamment ceux fabriqués en Iran – ils sont relativement moins chers et plus faciles à produire à tous points de vue. En pratique, le lancement d’un seul intercepteur ne garantit pas qu’un seul missile sera abattu. En fait, les défenseurs lancent souvent deux intercepteurs par menace entrante pour se prémunir contre un éventuel échec. Cette équation révèle à elle seule l’ampleur du dilemme auquel est confronté le défenseur.
L’Iran comprend bien cette équation. Sa stratégie consiste à épuiser les systèmes de défense antimissile plutôt qu’à les vaincre rapidement. Même si 80 ou 90 pour cent des missiles sont interceptés, le pourcentage restant est suffisant pour causer des dommages économiques, perturber le trafic aérien ou saper le moral, générant ainsi une pression politique interne. Au fil du temps, le taux de pénétration augmente à mesure que les ressources de défense s’érodent.
La guerre Iran-Israël, en juin 2025, en a ...
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