Grande et longiligne, en blouson de cuir et jean noirs, Annemarie nous retrouve dans un hôtel calme près d'Amsterdam, aux Pays-Bas. Bouleversée par cette première interview, elle sort fébrilement une longue lettre manuscrite d'une pochette. Les six pages rédigées en hollandais racontent, d'une écriture nerveuse, avec précision, les circonstances du viol qu'elle dit avoir subi de la part de Jean-Luc Brunel (trouvé pendu dans sa cellule de la prison de la Santé en février 2022), en 1979 alors qu'elle avait 20 ans. Il était alors patron de la puissante agence de mannequins française Karin Models ; des notes sur lesquelles elle s'appuie pour nous livrer son récit.
"J'étais venue à Paris pour étudier l'histoire de l'art à La Sorbonne et être fille au pair, dans une famille française exceptionnelle", se souvient-elle. "La mère du petit garçon de 10 ans dont je m'occupais avait été mannequin dans sa jeunesse pour l'agence Paris Planning. Elle me trouve jolie et me propose de me présenter à cette agence, rue Tronchet". Annemarie se souvient y avoir été reçue par "un homme aux cheveux longs, bouclés et brunes" se prénommant Gérald, qui portait "un jean et une veste en jean", ajoutant : "à cette époque, j'ignore qui il est". Il s'agit en fait de Gérald Marie, le fondateur de Paris Planning, qu'il fusionnera ensuite avec l'agence Elite dont il deviendra le patron européen, connu de tous dans le milieu de la mode. En 2021, il sera accusé de viols et d'agressions sexuelles par une quinzaine de mannequins. Les plaintes seront classées, pour prescription.
En ce jour ...
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