Grégory Miras1 Au début, c’était une recherche exploratoire pour mieux comprendre la manière dont les discriminations sur les accents dits « étrangers » évoluent et se développent en France hexagonale. De nombreux travaux à ce sujet ont été menés à l’international, notamment au Canada, mais la question des discriminations, notamment sur l’accent, dépend beaucoup des relations avec la langue du pays et avec les autres langues. Nous voulions donc contribuer à la compréhension de ces mécanismes dans le contexte très particulier de la France hexagonale et du français.
G. M. La première phase a consisté en une trentaine d’entretiens semi-directifs et compréhensifs avec des recruteurs et des candidats, c’est-à-dire en leur laissant la possibilité de verbaliser la manière dont ils ont construit leurs expériences avec les accents dans le monde professionnel. Nous avons fait le choix du qualitatif plutôt que du quantitatif, afin d’éviter le phénomène de « masquage » : lorsqu’ils remplissent un questionnaire, les gens ont tendance à dire qu’ils sont inclusifs, qu’ils n’ont pas de pratiques discriminantes. Or nos entretiens montrent que les gens, notamment les recruteurs, sont très sensibles et formés aux discriminations, notamment le racisme et le sexisme, mais n’ont jamais été amenés à réfléchir à celles portant sur la langue, et encore moins sur l’accent.
La deuxième phase, que nous venons de lancer, consiste à agir sur les recrutements professionnels. Ainsi, nous avons déjà mis en place, à l’université de Lorraine, une sensibilisation pour les étudiants futurs responsables en ressources humaines.
G. M. Les travaux en neurocognition montrent d’abord que notre cerveau, qui tente sans cesse d’anticiper, réagit lorsqu’il est face à des formes qui dévient des attendus. Le deuxième processus cognitif à l’œuvre, c’est la catégorisation. Pour comprendre son environnement, notre cerveau essaie de le catégoriser. Dès qu’il perçoit une autre façon d...
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