Bien qu'il soit l'une des voix les plus claires et riches en connaissances de la scène culturelle arabe, Charbel Dagher a choisi de marcher tranquillement sur les chemins difficiles de la langue, à la recherche du sens le plus précis et le plus profond de la vie et de l'écriture en même temps.
Il a refusé de traiter la poésie comme s’il s’agissait de mots écrits par une main que n’importe quelle main de poète pourrait créer, mais il a plutôt choisi que le poème soit un foyer de contemplation et un abri de questionnement.
Ses œuvres littéraires semblaient être un voyage de réflexion profonde, partant du moi individuel et ouvert au moi humain collectif.
Dagher n’a pas oublié de voir avec les yeux d’un critique habile, mais il n’a parlé qu’avec la voix d’un poète. Quand sa main se tendait pour prendre un livre du patrimoine et le lire, l'autre se tendait pour prendre un livre de la modernité.
Voici le texte de la conversation avec lui :
Il s’agit d’une obsession dont je ne connais pas la profondeur et les motifs, même si elle est inscrite dans l’air. Ce qui ajoute à cela, c’est que les discours inutiles sont devenus, dans les mots de beaucoup, équivalents à ce dicton : « Ceci est de la poésie ». L'incident mentionné est vrai, et il y en a d'autres dont je me souviens, lorsque des troubles de l'élocution sont devenus le sens de poils bégayant sur ma langue.
Cette insistance de ma part est peut-être due à mon sentiment que je ne suis pas devenu poète et que je ne le deviendrai jamais. C'est une passion qui peut signifier à la fois désespoir et détermination, semblable à Sisyphe dans la mythologie grecque, qui élève son fardeau, son rocher, jusqu'au sommet, puis en tombe et retombe en bas.
Pourtant, il ne cesse de le réciter encore et encore... Ce que la légende ne dit pas, et ce qui m'inquiète en le disant, c'est que la tentative de réciter le poème n'est pas sans détermination, mais est toujours motivée par l'espoir qu'il sera récité. Ce qui est le plus étroitement lié au poème, c'est qu'il est un acte de plaisir et d'extase.