Nous n’avons jamais vécu aussi longtemps, aussi bien, ni eu autant de conseils pour y parvenir : ne fumez pas, ne buvez pas, ne mangez pas d’aliments ultra-transformés ; soulever des poids, sortir, apprendre une langue. Les cosmétiques – ou la chirurgie – n’ont jamais été aussi disponibles, aussi avancés, ni aussi largement utilisés ; nous tenons pour acquis des procédures médicales que les époques précédentes auraient considérées comme des miracles. Et quelque chose fonctionne clairement : l’espérance de vie moyenne dans le monde est la plus élevée de l’histoire. Le groupe démographique qui connaît la croissance la plus rapide est désormais celui des plus de 80 ans.
L’opinion publique s’inquiète beaucoup du fardeau que cette population vieillissante fera peser sur les systèmes de santé et de soins, ainsi que sur les jeunes. Mais ce dont on parle beaucoup moins, affirme le psychologue clinicien Frank Tallis dans son nouveau livre, Wise, c'est comment bien vieillir : pas seulement en bonne santé physique, mais aussi mentale.
Tout au long de l’histoire, la quarantaine a été un point charnière où de telles questions se sont posées au premier plan. On ne sait jamais quand se situera ce point médian, mais il existe souvent, dans la quarantaine, une constellation de symptômes allant de légers problèmes de mémoire et d’un malaise général à une grave détresse psychologique, et parfois une telle envie de bouleverser les choses que dans les années 1960, le psychanalyste canadien Elliott Jaques l’a baptisée « la crise de la quarantaine ». Le terme est désormais souvent utilisé comme une punchline, en particulier à l’égard des hommes, mais, écrit Tallis, « la crise de la quarantaine chez les hommes n’est pas vraiment une comédie. C’est une tragédie ». Son argument est que, à mesure que la plupart d’entre nous vivons plus longtemps et courent après la jeunesse de plus en plus intensément, la question de savoir comment gérer ce prétendu point médian – et donc la deuxième étape de la vie, de plus en plus longue – devient de plus en plus urgente.
Tallis a commencé par remonter dans l’histoire : des stoïciens à Dante en passant par Freud et les neurosciences contemporaines, à la recherche d’idées. En lisant, il a été frappé non pas par la diversité évidente de ces écrivains, mais par le « degré remarquable de convergence ». Sur quoi ? "Eh bien, c'est en fait quelque chose de très simple, c'est que les divisions au sein de l'esprit sont associées à un mauvais ajustement psychologique."
C'est un homme à la voix douce dont les phrases se déroulent avec une plénitude confiante dans un grand salon immob...
[Courte citation de 8% de l'article original]