Tensions fortes en RDC, capitale mondiale du cobalt, entre mineurs artisanaux et sociétés minières industrielles

GlobalVoices - 29/01
Kolwezi, dans la province de Lualaba, au sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), où les tensions sont vives entre les mineurs artisanaux et les entreprises industrielles, détient 70 pour cent des réserves mondiales de cobalt.

Monument d'un mineur artisanal (ceux qui creusent la terre à la main ou avec un équipement de base) au rond-point de Mwangeji à Kolwezi, province du Lualaba, RDC. Photo de Simplice Bambe utilisée avec autorisation.

Kolwezi, une ville minière de la province de Lualaba, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), détient 70 pour cent des réserves mondiales de cobalt. Surnommée la « capitale mondiale du cobalt », les tensions sont vives dans cette ville en raison du conflit entre les mineurs artisanaux, également appelés « creuseurs », et les sociétés minières industrielles.

Aujourd’hui, cette ressource minière revêt une importance considérable en raison de ses multiples utilisations et de ses caractéristiques distinctives, notamment sa performance énergétique, sa résistance à la chaleur, sa durabilité et ses propriétés magnétiques. Le cobalt est très demandé dans les secteurs de la construction de voitures électriques, de l’aéronautique et du médical. En RDC, le secteur est essentiel car il emploie actuellement plus de trois millions de personnes et représente plus de 90 pour cent de l’économie du pays.

Lire la suite : La tragédie dans une mine de cobalt et de cuivre en RDC montre le coût humain de la transition énergétique

Le 19 décembre 2025, Louis Watum, ministre des Mines, a signé un décret visant à sauvegarder les sociétés minières et à réglementer l'industrie minière artisanale du cobalt et du cuivre à Kolwezi. Cette décision de suspendre les mineurs artisanaux a suscité un mécontentement généralisé, entraînant des pillages, des actes de vandalisme et des victimes.

Les paragraphes un et deux de l’article 109 du code minier de la RD Congo reconnaissent les mineurs artisanaux comme partie intégrante des entités impliquées dans les activités minières. Cependant, selon les chiffres présentés par Louis Watum au Forum Makutano à Kinshasa le 25 novembre 2025, il y aurait 3 millions d'orpailleurs artisanaux, mais il y aurait une pénurie de zones d'exploitation minière artisanale officiellement désignées. L’industrie minière est mal organisée, en partie parce que les autorités congolaises ont vendu la quasi-totalité des carrières minières du Grand Katanga (sud-est du pays) à des investisseurs étrangers.

Les mineurs artisanaux sont souvent expulsés de force au profit des sociétés minières industrielles. Certaines mines opèrent finalement dans un contexte de relations volatiles.

Lire la suite : La pollution de l'eau en RDC attribuée à une société minière chinoise

Le combat des mineurs artisanaux pour leur survie

L’absence de zones minières artisanales officielles (Zone d’Exploitation Artisanale ou ZEA) oblige les mineurs artisanaux de la province de Lualaba à pénétrer sans autorisation sur les sites miniers pour subvenir aux besoins de leurs familles. Cette intrusion provoque des dégâts considérables, entraînant souvent des conflits mortels. Les employés officiels des sociétés minières industrielles signalent fréquemment des meurtres et des blessures graves parmi les opérateurs miniers et ceux qui transportent les produits miniers vers les usines. L'opérateur de machine Junior Biane a expliqué la situation en déclarant à Global Voices :

Nous sommes toujours attaqués dans les mines par les creuseurs artisanaux de Musonoie. Hier par exemple, nous avons été tabassés par les creuseurs et un collègue est touché à l'œil gauche.

Les mineurs artisanaux de Musonoie nous attaquent fréquemment dans les mines. Par exemple, hier, ils nous ont tabassés, frappant un collègue à l'œil gauche.

Les sociétés minières accusent le gouvernement de la RDC de ne pas avoir assumé ses responsabilités dans la protection de leurs investissements contre les activités minières illégales.

Les entreprises industrielles réclament la protection du gouvernement

Kamoto Copper Company (KCC), propriété de la multinationale anglo-suisse Glencore, rapporte des cas d'intrusion de mineurs artisanaux en raison d'un manque de ZEA. Actuellement, les mines T17, KOV et Mashamba, dans la province de Lualaba, où ce géant extrait du cuivre, sont souvent victimes de vols de camions et d'attaques contre leurs travailleurs. La société chinoise COMMUS a connu une situation similaire.

Lire la suite : La pollution de l'eau en RDC attribuée à une société minière chinoise

Le 3 décembre 2025, les travailleurs de KCC ont marché vers le gouvernement provincial de Lualaba pour dénoncer cette intrusion et ces actes de violence.

Bien que l’industrie minière soit le pilier de l’économie de la RDC, les autorités n’ont pas mis en place de solution définitive. C'est le moteur du PIB et la principale source de recettes publiques, représentant plus de 30 pour cent du budget national. Le gouvernement doit donc répondre aux préoccupations des sociétés minières.

Malgré ses richesses en ressources minérales, la pauvreté touche plus de la moitié de la population de la RDC. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en octobre 2025, 85,3 % de la population de la RDC vit dans une pauvreté extrême. Le taux de chômage est estimé à 84 pour cent, tandis que le revenu annuel moyen par habitant est de 1 600 USD, soit 134 USD par mois.

La politique actuelle du gouvernement n’offre aucune solution durable, ni pour les mineurs artisanaux ni pour les sociétés minières industrielles.

Lire notre dossier spécial : RDC : pauvre malgré sa richesse

Loading...