Dans chaque nouvelle œuvre de fiction, le romancier syrien Fawaz Haddad continue d’élargir les horizons esthétiques du roman arabe, sans abandonner sa voix critique cinglante ni sa passion pour le démantèlement des structures narratives et politiques.
Son dernier roman, « The Suspicious Novelist », récemment publié par (Riyad Al-Rayes Books and Publishing, Beyrouth, 2025), pousse le lecteur à se confronter à l'image exagérée de l'intellectuel et à remettre en question son rôle dans l'écriture et la vérité, à une époque où le roman est devenu le miroir brisé d'une société déchirée.
Fawaz Haddad, écrivain et romancier syrien, né à Damas en 1947 après JC. Il est titulaire d'un diplôme en droit de l'Université de Damas. Il a commencé à écrire très tôt, mais a publié son premier ouvrage en 1991 après JC.
Son premier roman, « Mosaïque, Damas 39 », a été publié en 1991, suivi d'une production continue de plus de 14 romans, dont : « Teatro 1949 » (1994), « Rancune et passion » (2004), « Une scène qui passe » (2007), « Le traducteur traître » (2008) et « Soldats de Dieu ». (2011), « Les ennemis syriens » (2014), « Le Jour du Jugement » (2021) et « La République des Ténèbres » (2023).
Couverture du livre - Les ennemis syriens - Fawaz Haddad (Al Jazeera)Dans « The Suspicious Novelist », Haddad se lance dans une aventure singulière, à la frontière entre sarcasme et philosophie, pour présenter un texte riche qui approfondit la relation de l’écrivain avec le lecteur, l’autorité, la société et la mémoire.
Le roman est une œuvre narrative audacieuse qui explore le personnage d'un romancier méfiant qui se transforme d'un écrivain marginal en une icône entourée de doutes.
Le roman se déroule dans un espace tendu, soulevant des questions sur la censure, la liberté d'expression et la dualité morale dans le milieu culturel.
Haddad utilise la satire et le réalisme politique pour révéler les contradictions des intellectuels et la complicité de certains d'entre eux avec les régimes, sans perdre de vue le côté humain de ses personnages.
Fawaz Haddad peint un monde qui semble familier, mais qui est plein de fluctuations et de révélations, faisant de « The Suspicious Novelist » une œuvre distinctive de la littérature d’après-guerre et de tyrannie.
Dans cette interview spéciale pour Al Jazeera Net, avec le romancier Fawaz Haddad, nous essayons d’approcher le monde du « romancier suspect » et d’explorer les coulisses de son écriture et ses positions sur la littérature, la politique et le destin. Alors au dialogue :
L’émergence d’un écrivain talentueux qui écrit librement constitue une menace pour un milieu culturel stagnant dans lequel des exceptions, des privilèges, des avantages et des positions sont accordés comme des honneurs.
Dans les régimes dictatoriaux, le romancier devient une source de suspicion, car il dispose d'un grand espace d'expression et de capacité à contourner la censure, mais pas de la société, dans laquelle il trouve un exutoire.
Il est vrai que les romans sont interdits, mais ils circulent secrètement. Il se méfie de la culture officielle, de ses gardiens d’intellectuels loyaux, et d’une culture qui s’est formée sur plusieurs décennies et a produit un système solide qui revendique le progressisme, la laïcité et un type ambigu de fausse démocratie, avec des traditions de soumission absolue à l’autorité.
Qu'est-ce que cela signifie pour l'apparition d'un écrivain talentueux, qui écrit librement ? C'est une menace pour un milieu culturel stagnant dans lequel des exceptions, des privilèges, des avantages et des positions sont accordés comme des honneurs, s'étendant jusqu'à sa consécration morale, même s'il est à moitié doué ou sans talent. Il est fait selon la mesure de l'autorité.
Le roman reflète mon expérience et celle d'autres membres de la communauté culturelle syrienne.
Le romancier « suspect » perturbe cette scène stable sur la tyrannie, et se heurte aux intérêts d'intellectuels influents alliés aux services de sécurité.
Un intellectuel ne peut marcher rassuré que s'il aménage ses relations avec l'autorité, ce que ce type d'intellectuel s'empresse de faire.
Quant à celui qui évite cette relation, ou tente d'y échapper, ou se rebelle contre elle, il doit disparaître, se cacher et inven...
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