Femmes du Néolithique (2) : les aventurières

JournalCNRS - 16/01
Les femmes préhistoriques étaient plus mobiles que les hommes, créant des réseaux sociaux plus larges. C’est ce qu’ont découvert des scientifiques en combinant plusieurs méthodes d’analyse de fossiles humains exhumés en France et en Afrique du Nord.

Lire Femmes du Néolithique (1) : une société au microscope

Nous voici au Centre de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement (Cerege)1, près d’Aix-en-Provence. Guillaume Leduc est un spécialiste de l’étude des climats du passé. Son laboratoire recèle différents instruments permettant de pratiquer des analyses isotopiques (voir en bas de page). « J’ai l’habitude de manipuler des carottes contenant des sédiments et, jusqu’ici, si j’en perdais quelques grammes au cours d’une “manip”, je pouvais toujours aller en récupérer, raconte-t-il. Mais, dans le cadre du programme WomenSOFar2, je manipule des échantillons de restes humains, ce qui est autrement impressionnant et émouvant… On n’a pas le droit à l’erreur, car ce matériel est extrêmement rare ! »

Les équipements analytiques diffèrent selon que les échantillons de collagène proviennent d’os ou de dents, mais le principe est identique. Les capsules contenant les échantillons sont placées dans un spectromètre de masse à ratio isotopique3. Là, les échantillons sont brûlés par un flash instantané à 1000 °C. Le gaz produit par la combustion passe dans une colonne chromatographique, où les divers isotopes sont séparés. Reste à lire sur l’écran d’ordinateur les informations ainsi extraites, les pics formés par la présence des isotopes et les différences de composition entre chacun de ces isotopes.

À chaque environnement son isotope

Pour interpréter les données obtenues, encore faut-il connaître les variations isotopiques de la région d’où sont issus les restes des individus. Plaine ? Montagne ? Prairie ? Forêt ? À chaque environnement sa signature isotopique ! Laquelle se retrouve dans l’eau et l’alimentation ingérées par les différents organismes – en l’occurrence, par les humains. Cette signature permet donc de reconstituer leur mobilité géographique, de savoir si tel individu est allé dans des terrains géologiques contrastés, s’il est passé d’un paysage forestier à un environnement de prairie, ou l’inverse.

Gwenaëlle Goude, bioanthropologue, et Guillaume Leduc, spécialiste des climats du passé, analysent des résultats isotopiques d’échantillons de collagène extrait d’os humains et de minéraux.

Oui, mais… « Ce n’est pas si simple !, explique Guillaume Leduc. Car les minéraux ne s’altèrent pas tous à la même vitesse. Donc, ce n’est pas parce qu’on mesure aujourd’hui la compositio...
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