Femmes du Néolithique (1) : une société au microscope

JournalCNRS - 14/01
Un vaste programme de recherche revisite la place des femmes et des hommes il y a 10 000 ans. Ces nouvelles explorations de restes humains fossilisés aident à cerner le rôle des « lady Sapiens », loin des stéréotypes. Des analyses qui mêlent manipulations de précision et haute technologie.

Nous sommes au Ve millénaire avant notre ère, dans les premières sociétés agropastorales du Néolithique, sur le territoire actuel de la France. C’est le moment où s’opère la transition entre un mode de vie de type chasseurs-cueilleurs vers une économie de production agricole et pastorale. Quelle était alors la place des femmes ? Se déplaçaient-elles beaucoup ou étaient-elles plutôt sédentaires ? Avaient-elles une activité physique différente de celle des hommes ? Que mangeaient-elles ? Et comment choisissaient-elles d’allaiter leurs enfants ? 

Dans le cadre du programme de recherche WomenSOFar (Histoires de vie et place des femmes chez les premiers agropasteurs)1, une équipe de bioanthropologues – associée à des généticiens, des archéologues, des archéozoologues et archéobotanistes, des géochimistes et des ingénieurs en statistiques et pratiques numériques – est aujourd’hui en partie en mesure de répondre à ces questions. « Nous avons voulu explorer la place des femmes, non pas en tant qu’individus déterminés par un sexe biologique, opposées aux hommes, mais en tant que personnes ayant eu une histoire de vie, qui peut être mouvante (bébé, fille, femme et femme âgée) et complexe (union, mobilité, maladies, famines, etc.) », explique Gwenaëlle Goude2, coordinatrice du projet.

Le stéréotype de la femme préhistorique

« Il s’agissait de considérer les individus en dehors des "genres", précise la chercheuse, pour sortir des approches qui reposent sur une vision binaire des structures genrées et sont régulièrement remises en cause, car faiblement appuyées par des preuves matérielles. » Le stéréotype de la femme préhistorique supposée frêle et recluse dans des grottes a été opposé pendant longtemps à celui d’un homme préhistorique fort et triomphant à la chasse.

L’archéoanthropologue Stéphane Rottier à l’ostéothèque de Pessac, en Gironde. Là sont stockés des restes humains issus de plus de 350 sites de fouilles archéologiques.

Différentes recherches ont tenté de mettre à mal ces représentations caricaturales, pour redorer le blason d’une « lady Sapiens » plus émancipée. « Mais, si aucune étude archéologique n’exclut la participation des femmes préhistoriques à toutes les tâches (éducation des enfants, confection d’o...
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