Infrastructures de recherche : l’épopée des géants

JournalCNRS - 12/01
Des installations astronomiques aux accélérateurs de particules, les grandes infrastructures de recherche ont façonné l’histoire des sciences. Mais elles se retrouvent aujourd’hui au cœur de débats budgétaires et géopolitiques qui conditionnent leur avenir.

Étoiles, comètes, gravité, reproduction… Depuis des millénaires, les humains tentent de comprendre les phénomènes dont ils sont témoins. L’astro­nomie, en particulier, les a poussés à développer des instruments pour décrypter le ciel.

Longtemps, ces observations se sont faites à l’œil nu, en s’aidant d’une règle montée sur un trépied pour mesurer la hauteur d’une étoile. Il faudra attendre la fin du XVIe siècle pour voir apparaître la lunetteFermerLunette astronomique : instrument d’optique composé de lentilles qui augmente la luminosité et la taille apparente des objets observés. Le télescope, lui, concentre la lumière via des miroirs.. Galilée commence à l’utiliser à l’été 1609.

Quelques mois plus tard, il réalise ses premières découvertes. Il convainc progressivement la plupart des astronomes de l’époque, notamment Johannes Kepler, du caractère indispensable de cet outil. Quant au télescope, il sera inventé entre la fin du XVIIe et le début XVIIIe siècle par des savants comme Isaac Newton et James Gregory.

Galilée observe le ciel avec sa lunette astronomique, sur la place Saint-Marc, à Venise (gravure sur bois).

Les premiers grands équipements

C’est aussi à l’époque moderne qu’est fondé ce qui peut être considéré comme le premier grand équipement de l’histoire. « Situé sur l’île de Ven, entre la Suède et le Danemark, l’observatoire de Tycho Brahe, à la fin du XVIe siècle, est grand pour son époque, décrit Jérôme Lamy, ­historien et sociologue des sciences au CNRS1. Les observations s’y font à l’œil nu, mais il s’agit d’une véritable usine scientifique qui a vu passer plus de 150 élèves ou assistants, dédiés à l’entretien du matériel ou aux calculs. On y trouve un local pour les instru­ments, une presse pour publier les résultats, et même un petit laboratoire d’alchimie. »

Tout comme son confrère Vincent Simoulin 2, il définit un grand équipement à la fois par sa taille, la flexibilité dans l’usage de ses instruments et la polyvalence de ses équipes. Ces critères valent pour les observatoire de Paris (créé en 1667), de Greenwich (1675) ou de Jaipur, en Inde (le Jantar Mantar, bâti au XVIIIe siècle), comme pour le Jardin royal des plantes médicinales (actuel Jardin des plantes).

Un bond en avant

Entre le XVIIIe et le XIXe siècle, les grands équipements se spécialisent, avec une professionnalisation des pratiques scientifiques. Il faut être reconnu dans sa discipline pour y entrer. La standardisation des protocoles d’enquête ouvre ...
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