Les attaques contre Huawei se heurtent au même écueil. Si le groupe ne s’inscrit pas dans les canons occidentaux à bien des égards, nul n’a jamais apporté les preuves de ses prétendus comportements répréhensibles. Et c’est à juste titre que le groupe de Shenzhen dénonce un procès d’intention. Car c’est bien ce dont il s’agit. Fin janvier 2020, Robert Strayer et un collègue du Département de la justice, venu l’assister dans sa tournée d’avertissement sur la 5G, ne s’en cachent même pas. Face aux journalistes réunis à l’ambassade américaine à Paris, ils affirment le plus simplement du monde ne pas avoir besoin d’un smoking gun – le pistolet encore fumant qui signe le crime et constitue la preuve irréfutable de la culpabilité d’un suspect – pour dénoncer Huawei. « Si vous attendez un smoking gun, vous pouvez finir par vous faire tirer dessus, balaient les envoyés de Washington. C’est pour cela qu’il s’agit d’une question, plus vaste, de confiance. Et non de savoir si, oui ou non, ils ont déjà fait telle ou telle chose. »
La phrase a le mérite de la clarté. La présomption d’innocence n’a pas lieu de s’appliquer. Et, pour l’administration américaine, cela ne tient pas tant au fonctionnement de Huawei qu’à la nature du système politique chinois. Un des arguments qui revient en boucle est celui selon lequel, quand bien même Huawei ne voudrait pas faire les quatre volontés de Pékin, la législation chinoise le lui impose. En 2017, la Chine a en effet voté une « loi sur le renseignement national », dont les termes de l’article 7 sont sans appels : « Toutes les organisations et citoyens doivent soutenir, coopérer et collaborer au travail du renseignement national et garder secrètes les opérations de renseignement national dont ils ont connaissance. L’État protégera les organisations et les citoyens qui soutiennent, coopèrent et collaborent au travail du renseignement national. » Les Américains y voient la preuve que Huawei serait obligé de s’exécuter si Pékin lui demandait d’utiliser ses produits comme chevaux de Troie pour espionner ou saboter des infrastructures à l’étranger.
Le groupe chinois, lui, le nie farouchement. Dans une section appelée « Mythbusters » (« Briseur de mythes ») de son site institutionnel européen, l’entr...
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