La capture de Nicolas Maduro par les forces américaines samedi lors d'une opération militaire sans précédent met brusquement fin à 12 années de règne qui ont transformé le Venezuela, l'une des démocraties les plus stables d'Amérique latine, en un État en faillite. Les chiffres, froids et implacables, témoignent de l’une des plus grandes catastrophes humanitaires, économiques et politiques que la région ait connue en temps de paix. Des organisations internationales telles que l’ONU, le Fonds monétaire international et des dizaines d’organisations de défense des droits de l’homme dressent depuis plus d’une décennie un registre exhaustif de ce que l’ère Maduro signifiait pour les 28 millions de Vénézuéliens.
Lorsque Maduro a hérité du pouvoir après la mort d’Hugo Chávez en mars 2013, le Venezuela montrait déjà des signes de détérioration. Mais la suite a dépassé les pires projections. C’est le bilan, exprimé en chiffres vérifiés par des organisations internationales et indépendantes, de la façon dont un pays s’est effondré. L’effort de documentation indépendant a été essentiel : l’Institut national de la statistique (INE), un organisme officiel, a cessé de publier des indicateurs clés pendant des années – entre 2014 et 2018, il n’a pas publié de chiffres sur la pauvreté – et lorsqu’il l’a finalement fait en 2018, il a déclaré que la pauvreté avait diminué dans un contexte d’hyperinflation de 130 060 %. L’opacité statistique a contraint l’ONU, le FMI, le HCR et des ONG comme Foro Penal et Provea à documenter la réalité vénézuélienne avec leurs propres méthodes.
Les rues vénézuéliennes ont été tachées de sang à plusieurs reprises sous le gouvernement Maduro. Entre 2013 et 2018, au moins 215 personnes sont mortes dans le contexte de manifestations antigouvernementales, comme le documente Provea, le Programme d'action et d'éducation aux droits de l'homme vénézuélien. En 2019, 67 autres personnes ont été assassinées pendant et après des manifestations, comme l'ont documenté conjointement Provea et l'Observatoire vénézuélien des conflits sociaux (OVCS). Et en 2024, 25 personnes supplémentaires ont perdu la vie en seulement quatre jours de manifestations post-électorales.
Le total dépasse les 300 morts lors des manifestations au cours des 12 années de Maduro, selon les différents bilans des organisations de défense des droits de l'homme.
L’année la plus sanglante a été 2017. Entre avril et juillet, alors que le Venezuela brûlait lors de manifestations quotidiennes, entre 127 et 157 personnes sont mortes selon différents bilans. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a été ferme dans son évaluation : il a tenu les forces de sécurité de l’État directement responsables d’au moins 73 de ces décès dus au recours généralisé et systématique à une force excessive. Les images de jeunes face à des chars avec des pierres, de manifestants blessés traînés par des camarades, de mères pleurant sur des corps sans vie, ont défini cette période.
Un groupe d’experts indépendants nommés par l’Organisation des États américains (OEA) a conclu en 2018 qu’il existai...
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