Une ethnographie de la sorcellerie

JournalCNRS - 19/12
Dans certains pays d’Afrique centrale, des accusations de sorcellerie peuvent conduire à des violences graves sur les habitants. Mais qu’entend-on par « sorcellerie » ? L’anthropologue Andrea Ceriana Mayneri nous entraîne dans un imaginaire sorcellaire qui renvoie à des réalités sociales, religieuses et politiques complexes.

De nombreuses nouvelles d’accusations en sorcellerie nous parviennent d’Afrique équatoriale  : persécutions d’albinos en Tanzanie, personnes enlevées, brûlées ou enterrées vivantes au Centrafrique. Des rapports récents de la MinuscaFermerMission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations unies en Centrafrique comme celui de 2015 et des actions sur le terrain en septembre semblent décrire une situation préoccupante. Peut-on parler d’une recrudescence des exactions liées à la sorcellerie ces dernières années ? Andrea Ceriana Mayneri1 :  Sur la base des données à notre disposition, il est très difficile de confirmer cette théorie de la « recrudescence  ». Certains documents d’archives coloniales laissent même penser qu’il s’agit de phénomènes changeants mais d’intensité constante. Ce qui progresse est sans doute l’engouement récent des organismes internationaux et humanitaires pour la question des violences sorcellaires.   De quoi parle-t-on exactement, quand il est question de sorcellerie ? A. C. M.  : Il est difficile aujourd’hui d’appliquer une définition unique à ce mot, car l’idée même de sorcellerie change d’une société à une autre et dans le temps. Pour nous Européens, elle renvoie nécessairement  à des superstitions, ou à un problème d'ordre théologico-religieux et à la chasse aux sorcières. En Afrique, les faits de sorcellerie préexistaient à la colonisation, mais cela ne pouvait être de la « sorcellerie », car le mot n’est pas neutre. Dans la vision missionnaire, c’est tout à la fois un abaissement ou une dépravation des mœurs et un pacte avec le diable, le monde des ténèbres, le mal absolu.

Dans cette gravure de 1888, une supposée sorcière est traînée vers son bûcher, à Zambue, au Mozambique. Les faits de «sorcellerie» préexistaient à l...
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