Philippines, voyage au cœur d’un archipel-monde

GEO - 17/12
Ce pays éparpillé façon puzzle est riche d’une infinité de paysages, de peuples et de traditions... Des fêtes mystiques de cebu aux terres des Ifugaos, notre reporter a exploré cette contrée à l’identité plurielle, envoûtante et attachante.

À Cebu, on vient de loin pour se signer devant la croix de Magellan, y faire des selfies, et surtout s’offrir les services de prieuses professionnelles. Visages contrits, voix suppliantes, portant jupes rouge écarlate et chemisiers jaune vif pour être identifiées, ces dernières se font payer quelques pesos pour débiter une litanie de suppliques tout en agitant dans l’air moite cierges et encens. De quoi bénir toute une famille et éloigner le mauvais œil.

La croix de Magellan, au commencement de tout

La croix de bois sombre, elle, est plantée sur un autel de marbre lustré par les nombreuses mains qui s’y posent avec ferveur. Pour la protéger du soleil et des pluies tropicales, une large coupole la coiffe, dont le plafond est décoré de fresques naïves racontant à la manière d’une bande dessinée chaque épisode de l’arrivée du grand navigateur portugais et de sa flottille espagnole, en avril 1521, sur cette île de l’archipel des Visayas, et dont la principale localité est la deuxième ville des Philippines après Manille.

Il faut lever la tête pour apprécier les détails pittoresques de cette première rencontre : ici, la façon dont les hommes d’équipage furent bien accueillis – du moins, au début ; là, l’improbable baptême du souverain local, Humabon, illico renommé Carlos en l’honneur de l’empereur Charles Quint ; plus loin, des indigènes se prosternant devant la fameuse croix, érigée dès leur arrivée par les explorateurs.

Les Philippins ont coutume de dire que, pour eux, tout a commencé au pied de cette croix. Bien sûr, il y avait de la vie sur ces confettis insulaires bien avant le surgissement des Européens et de leurs mousquets crachant du feu. Quant à la croix, celle que l’on voit aujourd’hui ne contient que les vestiges – hypothétiques – de l’originale apportée par Magellan.

Mais il est vrai qu’elle symbolise ce moment clé où les Philippines apparurent soudain sur une mappemonde, avant d’être baptisées en hommage à l’infant d’Espagne, le futur roi Philippe II, alors que l’empire colonial espagnol confortait sa prise de possession de l’immense archipel.

Quant à Magellan, il fut tué peu après son arrivée dans une embuscade par, dit-on, un chef rebelle, Lapu-Lapu. Lequel est aujourd’hui un héros national: dans la cité de Cebu, un boulevard porte son nom, à quelques enjambées de la croix hispanique – preuve qu’aux Philippines, l’histoire est au moins aussi complexe que la géographie.

Un pays façon puzzle

Car on découvre ici une contrée façon puzzle, dispersée sur la ceinture de feu du Pacifique. Constit...
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