3 août 2025. J’arrive à Nuuk, au Groenland. Température à terre : environ 10°C, grand soleil. Ville de pêche, Nuuk, signifiant «cap», se situe à l’embouchure du fjord Godthåb. Elle compte environ 20 000 habitants, dont 90 % d’Inuits, dont les ancêtres se sont installés vers 2500 av. J.-C.
C’est d’ici que nous nous apprêtons dans deux jours à prendre la mer, à bord du Statsraad Lehmkuhl, un extraordinaire trois-mâts norvégien (lire encadré). Cela fait plusieurs mois que je me prépare à ce voyage, partir en Arctique avec quinze autres doctorants francophones, et une cinquantaine d’étudiants du monde entier.
C’est la Fondation Albédo pour la cryosphère, présidée par le philanthrope et explorateur Frederik Paulsen, qui nous offre cette chance. L’année 2025 a en effet marqué le lancement par l’Unesco de la Décennie d’action pour les sciences de la cryosphère. Et c’est dans ce cadre que le programme Génération Cryosphère est né : il réunit de jeunes chercheurs francophones travaillant sur les pôles et l’avenir de la cryosphère (l’ensemble des glaces présentes sur Terre). Certains d’entre nous ont fait du Groenland le cœur de leurs recherches de thèse. Pour eux, le simple survol de la calotte glaciaire, dans l’avion qui nous conduit à Nuuk, est émouvant.
Je travaille toute l’année sur des images satellitaires de la calotte groenlandaise, dit . La voir de mes propres yeux est pour moi la matérialisation de mon travail. Je ne me rendais pas compte jusque-là des distances, du blanc majestueux qui n’en finit pas, de la diversité et de la complexité des formes de glace. – Emma Gourrion, 25 ans, doctorante à l’Institut de physique du globe de Paris
Quant à moi, je fais ma thèse de géomorphologie en Islande, mais je n’avais jamais vu de paysages ainsi dominés par le froid, avec des langues glaciaires vêlant des milliers d’icebergs. Ma thèse porte sur l’impact de la disparition des glaciers sur les instabilités de versants (comprendre : les éboulis et glissements de terrain).
Mythique passage du Nord-Ouest
Au Groenland, les versants, justement, tombent dans la mer dans une impressionnante verticalité, éblouissants d’une beauté brute. Nous nous apprêtons à naviguer dans les eaux arctiques, afin de tenter le passage du Nord-Ouest, un ensemble de routes maritimes traversant l’archipel arctique canadien, ouvertes en période estivale, au moment de la débâcle de la banquise.