Sombre, mystérieux et impénétrable… Il y a 2 000 ans, selon la légende, lorsque les Romains, en pleine conquête de la Germanie, découvrirent ce massif forestier, ils l’appelèrent Silva Nigra – littéralement "forêt noire" –, tant la lumière peinait à s’infiltrer à travers la dense canopée des sapins.
Longtemps, cette forêt du sud-ouest de l’Allemagne resta une terra incognita peuplée d’ours, de loups et de cerfs, aux lacs sombres qu’on disait habités de créatures fantastiques. De passage dans la région, dans les années 1770, l’illustre poète Goethe fut saisi par sa beauté sauvage et quelque peu inquiétante – un décor évocateur des contes des frères Grimm, ces collecteurs d’histoires anciennes qui publièrent dans l’Allemagne du XIXe siècle les fameux récits de Blanche-Neige, d’Hansel et Gretel et du Petit Chaperon rouge.
Un conte mythique en Allemagne
La Forêt Noire (Schwarzwald en allemand) est surtout le théâtre d’un conte mythique en Allemagne, Le Cœur froid, publié en 1827 par Wilhelm Hauff, qui relate les mésaventures de Peter Munk, charbonnier rêvant d’une meilleure vie, qui scelle un pacte avec un esprit diabolique de la forêt et devient riche, mais avec un cœur de pierre…
Le massif de la Forêt-Noire, qui s’étend de Karlsruhe, au nord, à la frontière suisse, à environ 160 kilomètres plus au sud, ressemble-t-il, aujourd’hui encore, à celui des origines ? Pas vraiment. À partir du Moyen Âge, son bois fut exploité pour fabriquer du charbon servant à l’industrie du verre, ou vendu à la Hollande et acheminé via le Rhin.