L’administration Trump a récemment publié sa dernière stratégie de sécurité nationale, qui représente un renversement radical de décennies de tradition de politique étrangère américaine et a remodelé la compréhension des Américains de leur rôle dans les affaires mondiales.
Le document de 33 pages ressemble davantage à un manifeste idéologique déclarant la fin du caractère mondial du système international et inaugurant un nouveau chapitre marqué par le nationalisme, le protectionnisme économique et les luttes pour des sphères d’influence particulières.
Au niveau structurel, le document a été rédigé dans un esprit narratif inhabituel, car il combinait l’agenda sécuritaire et le discours politique interne, et mettait en valeur le rôle du président lui-même en tant que centre et héros de l’histoire, plus qu’il ne se concentrait sur l’État ou la nation américaine et son rôle mondial. Ce caractère fait que le document ressemble plus à un récit politique introspectif qu’à un plan de sécurité nationale traditionnel, en rupture claire avec le langage institutionnel qui caractérise les documents américains sur la sécurité nationale depuis des décennies.
En termes de contenu, le message central de la nouvelle stratégie apparaît, à savoir que l’Amérique ne s’épuisera plus dans des conflits lointains qui ne représentent pas une priorité pour la sécurité américaine (au sens nouveau défini par le document), ni ne fournira de soutien financier pour défendre ses riches alliés, ni ne soumettra ses intérêts économiques à des engagements idéologiques. Au lieu de cela, Washington organisera sa politique étrangère autour de ses « intérêts nationaux fondamentaux » redéfinis en termes de sécurité des frontières, de lutte contre l’immigration, de domination économique et de réaffirmation de la suprématie américaine dans l’hémisphère occidental (les Amériques).
La stratégie affirme fermement que l’intérêt national américain doit transcender les alliances traditionnelles, la politique étrangère fondée sur des valeurs et même les institutions mondiales. Ce changement n’est pas simplement une « focalisation tactique » sur des questions spécifiques, mais plutôt un vaste processus de structuration des concepts de sécurité nationale et de la nature du système international dans son ensemble. Ce nouvel arrangement est susceptible d’avoir de profonds effets non seulement sur les États-Unis et leurs alliés, mais aussi sur l’équilibre des pouvoirs à l’échelle mondiale à l’avenir.
Toute la nouvelle stratégie américaine tourne autour d’un tout nouveau concept de sécurité nationale (Reuters)Toute la nouvelle stratégie américaine s’articule autour d’un concept totalement nouveau de sécurité nationale. Ce concept traite les questions d’immigration et de trafic de drogue comme des menaces fondamentales à la sécurité, une formulation sans précédent dans les documents stratégiques américains précédents. Le document pointe du doigt les changements démographiques et les problèmes frontaliers comme des menaces existentielles égales en importance aux conflits entre grandes puissances, imitant la rhétorique de l’extrême droite et transformant la politique étrangère en une extension des rivalités idéologiques internes.
Le document déclare explicitement que les États-Unis doivent se protéger « contre la migration sans restriction et les menaces transfrontalières telles que le terrorisme, les stupéfiants, l’espionnage et la traite des êtres humains ». À cette fin, il appelle au « déploiement de forces pour sécuriser les frontières et vaincre les cartels, y compris le recours à la force meurtrière lorsque cela est nécessaire ». Cela représente une rupture décisive avec le cadre de Biden, qui traitait la migration avant tout comme une question humanitaire et économique, même si elle comporte des dimensions sécuritaires.
Cette conception non conventionnelle de la sécurité nécessite par conséquent une redéfinition des zones d’influence vitale, et dans ce contexte le plan propose ce qu’il appelle le « corollaire Trump de la doctrine Monroe ». La doctrine Monroe originale (1823) stipulait que les États-Unis s’opposaient à l’intervention européenne dans l’hémisphère occidental (les deux continents américains) et faisaient de cette région une sphère d’influence purement américaine. Historiquement, cela est devenu une justification pour plus d’un siècle d’interventions américaines en Amé...
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