Poutine : Nous n’avons pas besoin d’un monde sans la Russie. Le jeu est-il proche ?

أحمد كامل - Aljazeera - 25/11
Le danger d’aujourd’hui ne réside pas seulement dans les armes, mais dans la logique même du jeu : une confiance exagérée, la croyance que l’adversaire va se rendre, la croyance que le retrait est une faiblesse et que la retraite est le signe d’un échec historique qui ne peut être toléré.

"Je lui ai dit que la roulette avait été créée uniquement pour les Russes... on joue sans réfléchir."

Il y a plus de 150 ans, Dostoïevski écrivait cette phrase dans Le Joueur, pour décrire une tendance du tempérament russe qui se caractérise par l'impulsivité, n'accepte pas facilement les projets à long terme et préfère la confrontation directe avec le destin.

Dostoïevski exprimait, à travers son héros Alexeï Ivanovitch, que si un Russe était impliqué dans une affaire, il s'y précipiterait jusqu'au bout ; Il ne sait s'arrêter à aucune limite, donc s'il joue, soit il gagne tout, soit il perd tout.

Lire aussi

liste de 2 éléments
  • liste 1 sur 2La bombe nucléaire américaine ne ressemble à aucune autre
  • liste 2 sur 2Comment la Russie a-t-elle détruit le « projet Vanheim » américain et britannique avant sa naissance ?
fin de liste

Cet état d’esprit que Dostoïevski a dépeint à la table de jeu est peut-être une exagération littéraire dans la description du caractère russe en général, mais certains analystes ont observé un écho de cette impulsivité dans le comportement de l’État russe au fil des siècles, depuis la ruée des tsars dans leurs grandes guerres, jusqu’aux paris de l’Union soviétique avec l’Allemagne nazie, puis dans les moments culminants de la guerre froide, jusqu’au pari nucléaire le plus dangereux du XXe siècle, lors de la crise des missiles de Cuba. en 1962.

Cet été-là, le général soviétique Igor Statsenko survolait Cuba avec son hélicoptère, inspectant les sites désignés pour le déploiement de missiles balistiques nucléaires, rappelant ce que son commandant, Sergueï Biryuzov, lui avait dit quelques semaines plus tôt : que les palmiers luxuriants de Cuba cacheraient les plates-formes de missiles aux yeux des Américains.

Mais la vue aérienne suffisait à dissiper cette illusion. Les palmiers semblaient espacés d’une quinzaine de mètres, couvrant à peine une petite partie du sol. Fort de l'expérience d'un soldat qui voit le danger avant qu'il ne se produise, Statsenko s'est rendu compte que l'idée de se camoufler avec des palmiers n'était pas applicable. Il a donc informé ses supérieurs que les Américains révéleraient facilement les sites, quelle que soit la manière dont les Soviétiques essayaient de les cacher.

Extrait du discours télévisé prononcé par le président américain John F. Kennedy le 22 octobre 1962 sur la crise des missiles de Cuba (Reuters)

Mais l'avertissement n'est pas parvenu à Nikita Khrouchtchev à Moscou. L'homme avait parié sur son plan au point qu'il ne voyait plus aucune valeur aux signaux de danger, et il restait convaincu que le secret durerait jusqu'au bout.

publicité

Cependant, cette certitude s’est effondrée quelques semaines plus tard, lorsqu’un avion espion américain a pris des photos nettes des plates-formes de missiles en octobre, déclenchant les signes avant-coureurs les plus dangereux d’une confrontation nucléaire du XXe siècle, lorsque les États-Unis et l’Union soviétique étaient au bord d’une guerre directe, avant que Khrouchtchev ne recule à la dernière minute et ne parvienne à un accord avec John Kennedy stipulant le retrait des missiles en échange de l’engagement américain de ne pas envahir Cuba.

Ces moments difficiles, qui ont presque changé le destin du monde il y a soixante ans, jettent aujourd’hui leur ombre sur une nouvelle scène internationale. Alors que Moscou et Washington se livrent une guerre par procuration sur le territoire ukrainien, le schéma du « jeu nucléaire » revient sur le devant de la scène, comme si l’histoire se reproduisait au sein de structures politiques similaires, mais avec des visages différents. Comme le disent les historiens : « L’histoire ne se répète pas littéralement, mais elle reproduit souvent des modèles lorsque les conditions et les structures sont similaires. »

Aujourd’hui, le monde se tient à nouveau sur la pointe des pieds, dans l’ombre de Kiev qui rappelle les palmiers de Cuba, symbole de l’aveuglement stratégique qui a failli conduire autrefois au désastre. Le danger d’aujourd’hui ne réside pas seulement dans les armes, mais dans la logique même du jeu : une confiance exagérée, la croyance que l’adversaire va se rendre, la croyance que le retrait est une faiblesse et que la retraite est le s...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...