L’oubli, la seconde mort des espèces éteintes

JournalCNRS - 18/11
Alors que de nombreuses espèces ont déjà disparu ou sont en passe de l’être, des scientifiques alertent sur l’importance de les garder dans notre mémoire collective. Pour l’écologue Franck Courchamp, l’oubli de ces espèces peut en effet remettre en cause les efforts de conservation de la biodiversité. Cet entretien publié en février fait partie des 10 contenus les plus vus sur notre site cette année.

La pollution, le réchauffement climatique, la déforestation sont quelques-uns des facteurs qui entraînent la disparition de certaines espèces. A ces phénomènes physiques, vous ajoutez, dans une étude qui paraît aujourd’hui1, un phénomène d’ordre culturel : « l’extinction sociale ». De quoi s’agit-il ? Franck Courchamp2. L’extinction sociétale est un phénomène qui agit en parallèle à la disparition physique des espèces. Des espèces disparaissent ET elles peuvent être oubliées : les conséquences de ces deux extinctions sont différentes. L’extinction sociétale joue un rôle déterminant dans la conservation. Pour établir un parallèle simple : si l’on oublie des faits historiques, nous serons collectivement incapables de construire correctement notre futur en nous appuyant sur nos erreurs passées ; de la même manière, si nous oublions les espèces éteintes, nous n’aurons pas une bonne représentation des menaces qui pèsent sur notre patrimoine naturel et nous serons d’autant moins enclins à protéger les espèces qui restent. Ce concept, fondamental en biologie de la conservation, apparaissait de manière diffuse dans la littérature scientifique. On doit à Ivan Jaric, chercheur au centre de biologie de...
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