Fin 2013, les relations entre Washington et Berlin étaient confrontées à une crise sans précédent, suite à un appel furieux de la chancelière allemande Angela Merkel au président américain Barack Obama, au cours duquel elle exigeait une réponse définitive à une question précise : « Washington écoute-t-il vraiment mon téléphone personnel ?
Cette confrontation est intervenue après que les services de renseignement allemands, stimulés par une enquête journalistique, ont révélé des preuves « crédibles » selon lesquelles la National Security Agency américaine surveillait les communications de la chancelière depuis des années. Mais Berlin n’est pas le seul à être touché. Quelques jours avant que cet appel ne soit lancé, le président français de l'époque, François Hollande, avait lancé une protestation officielle auprès des États-Unis, après que le journal Le Monde ait publié un rapport confirmant que l'agence américaine avait surveillé plus de 70 millions de communications en France en seulement trente jours.
À cette époque, ces incidents ne constituaient pas seulement une opération d’espionnage limitée ou distincte, mais faisaient plutôt partie d’un tremblement de terre mondial en matière de renseignement déclenché par les fuites d’Edward Snowden, l’ancien sous-traitant de la National Security Agency des États-Unis, qui a remis des milliers de documents secrets à des journalistes d’investigation en 2013. Ces documents ont révélé un système de surveillance mondial géré par l’agence en coopération avec le siège des communications du gouvernement britannique, au sein d’une alliance de renseignement qui comprend les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et est connue sous le nom de Alliance « Yeux ». Cinq yeux.
Cette alliance est considérée comme le plus ancien bloc de renseignement multilatéral au monde, car ses membres échangent quotidiennement des données sensibles sur un réseau fermé qui n'est soumis à aucune surveillance internationale, et elle utilise des technologies unifiées pour collecter et analyser les communications et les données provenant de diverses parties du monde.
Selon les fuites, la coalition « Five Eyes » opère au sein d’une structure de renseignement hiérarchique hautement organisée qui divise le monde en trois cercles de coopération et d’espionnage, le premier cercle comprenant ce que l’on appelle aux États-Unis le First Party, qui est le système de renseignement américain lui-même, composé de seize agences, dirigé par la National Security Agency des États-Unis, qui représente l’épine dorsale des activités de surveillance numérique et de communication dans le monde.
Tandis que le deuxième cercle, ou ce qu'on appelle le deuxième parti, comprend les quatre pays anglo-saxons (Royaume-Uni, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande), partenaires dans le système d'échange d'informations au sein de la coalition, car ces pays bénéficient d'un accès direct aux données et participent aux opérations de surveillance sur un pied d'égalité avec Washington.
D’autre part, le troisième cercle, ou ce qu’on appelle le tiers parti, comprend le groupe des alliés qui ne sont pas impliqués dans la structure de sécurité profonde de l’alliance, notamment la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne et la Belgique. Pour Washington, ces pays sont considérés comme des « alliés de seconde zone » avec lesquels une coopération en matière de renseignement peut être menée sur des dossiers spécifiques, mais ils sont en même temps soumis à la surveillance et à l'espionnage de la National Security Agency.