Pendant des décennies, l’USAID a été l’un des meilleurs outils dont disposait l’Amérique pour promouvoir les valeurs démocratiques en Russie. L’agence a étendu l’aide humanitaire tout en favorisant la réforme politique et, ce faisant, a fait aimer les États-Unis aux Russes, tout en sapant les ambitions autoritaires du Kremlin. C’était un exemple suprême de soft power : travailler « par l’attraction et la persuasion plutôt que par la coercition », comme l’a défini le politologue Joseph S. Nye Jr.. Puis, en 2012, le Kremlin a expulsé l’USAID, une décision qui semble confirmer son efficacité.
Si efficace, en fait, que Moscou a décidé de créer sa propre version. L’administration Trump a fermé l’USAID le 1er juillet ; Une semaine plus tard, un responsable du gouvernement russe révélait que le régime envisageait de créer une agence de développement sur le modèle de celle que Washington venait de démanteler.
La Russie sent une opportunité. Sous Donald Trump, l’Amérique a perdu à la fois la volonté et la capacité institutionnelle de contrer l’autoritarisme à l’étranger, et Moscou exploite déjà le vide laissé par le président. En effet, il utilise le soft power depuis plus d’une décennie pour centraliser son autorité, assainir son image et accélérer ses objectifs impérialistes.
En tant qu’Ukrainien, j’ai pu constater par moi-même comment le Kremlin imite les tactiques de Washington, les utilisant pour saper les mêmes valeurs qu’ils sont censés protéger. Son projet de reproduire l’USAID suggère que l’imitation de Moscou ne fait que commencer. L’ère du soft power russe est arrivée.
Aucun pays n’a étudié plus attentivement l’utilisation du soft power par les États-Unis que l’Union soviétique. Sa première leçon est venue au début de la guerre froide. En 1950, la CIA a lancé une opération secrète à Berlin-Ouest appelée Congrès pour la liberté culturelle, qui semblait inoffensive sur le papier : le groupe invitait des universitaires, des artistes et des journalistes à des conférences, des expositions et des concerts. Mais ces événements répondaient clairement à des objectifs géopolitiques. Ils ont offert aux participants un lieu pour participer à des échanges publics au-delà de la censure du régime soviétique. Au fil du temps, le congrès a favorisé un réseau transnational d’élites culturellement influentes qui ont favorisé la démocratie libérale plutôt que le communisme et...
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