Bassem Khandakji : Comment écrire un texte littéraire universel contre le colonialisme israélien ?

عمران عبد الله - Aljazeera - 17/10
Dans ce dialogue, l'écrivain et prisonnier libéré Bassem Khandakji ouvre devant son lecteur la porte de sa salle d'opérations littéraires, après 21 ans derrière les barreaux, s'imprégnant du poids de la captivité et du souvenir de la blessure palestinienne renouvelée.

Dans sa littérature poétique et fictionnelle, il se range du côté d’un horizon libéral plus large et universel, dépassant les murs et les espaces étroits de captivité. Il parie sur l’immortalité de la littérature face à la fragilité du fer. Ses longues années de captivité depuis 2004 n’étaient pas un blog de lamentations ni une tragique chronique de souffrance. Sa cellule s’est plutôt transformée en un atelier de production de sens et de beauté ou en une « salle d’opérations culturelles » agitée à partir de laquelle il gère ses projets littéraires.

Il envoie ses manuscrits, et prend en main son roman pour qu'il ne soit pas réduit à une longue expérience de lutte. Il n’en demeure pas moins un romancier moderne qui ose expérimenter dans les cieux de la poésie et sur la terre du roman, tout comme les archéologues fouillent les couches de la terre, à la recherche du visage de la Palestine enfoui derrière les masques des envahisseurs et les couches du colonialisme.

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Il se rend compte qu'une histoire juste ne fait pas à elle seule une grande littérature, c'est pourquoi il travaille intelligemment l'esthétique de l'écriture et de l'intrigue, pour que le lecteur accompagne le héros de son roman, Nour Al-Shahdi, le Palestinien qui trouve une carte bleue dans la poche d'un vieux manteau, et qu'il devienne un instant Or Shapira, le colon israélien.

C’est un roman sur le jeu des masques, un jeu qui vient peut-être de l’inspiration du théâtre (et le colonialisme n’est-il qu’un spectacle théâtral ?!), mais c’est un jeu dangereux qui remet en question le récit colonial qui prospère en effaçant les visages originaux et en leur plantant des masques extraterrestres.

Bassem Khandakji écrit avec un sens narratif mature, et la justesse du problème ne l'aveugle pas sur l'art et le savoir-faire littéraire. Les techniques narratives sont le summum de l'histoire, et il ne néglige pas son enjeu, car il fait de la tragédie une question esthétique, et extrait de la misère un moment de contemplation sur le sens de l'existence palestinienne et de la victoire humaine.

Le colonisé essaie de porter le visage de son colonisateur, non pas par désir d’imiter le dominant, mais de démanteler le récit de l’autre de l’intérieur, et de contempler son identité palestinienne dans le miroir de l’ennemi, afin que le véritable salut soit un retour à l’essence de soi après les épreuves du doute et de l’errance.

"Un masque aux couleurs du ciel" est un roman écrit en prison, sur un monde dans lequel presque tous les événements se déroulent en dehors ...
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