Viols, violences sexuelles, torture. Elles ont tout enduré dans les geôles du pouvoir. Trois Syriennes ont accepté de raconter leur calvaire. Le sujet étant extrêmement tabou et susceptible de mettre en danger la vie de ces femmes, deux d’entre elles ont témoigné de manière anonyme. Les prénoms de Yasmine et Houda ont été changés et certains détails éludés afin de préserver leur sécurité.
Attention, certaines scènes décrites par les victimes sont susceptibles de heurter la sensibilité des lecteurs.
Ces témoignages ont été traduits de l’arabe.
Aïda a 43 ans. Issue d’une famille d’officiers prorégime, elle a été interpellée le 27 janvier 2016 pour avoir soigné et apporté de l’aide à la population assiégée de la Ghouta orientale, banlieue située à l’est de Damas. Condamnée à 15 ans de prison, elle a été libérée au bout d’un an à la faveur d’un échange de prisonniers entre le pouvoir et le groupe rebelle Jaych al-Islam ("l’armée de l’islam"). Elle vit aujourd’hui en Turquie.
"J’ai été accusée de participation aux manifestations contre le régime, de terrorisme mais aussi de 'jihad du sexe' [concept controversé selon lequel des musulmanes s’offriraient aux combattants au nom de la guerre sainte, NDRL], comme la plupart des détenues. J’ai été condamnée à 15 ans de prison et envoyée à Adra [près de Damas] où je suis restée neuf mois. Un matin, j’ai été emmenée avec deux autres détenues à la "branche Palestine" [prison officiellement appelée "branche 235", NDLR] et j’ai été mise à l’isolement.
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La torture a commencé quand mon nom est apparu dans une liste d’échange de prisonniers entre l’armée et Jaych al-Islam. La première fois que j’ai été torturée, trois hommes étaient accrochés au mur. Nous étions deux femmes. Ils ont demandé à une autre prisonnière de me déshabiller pour me fouiller. Y compris mes parties intimes. C’était inhumain. Je suis restée en sous-vêtements tout le temps de la détention.
Tous les jours, la personne chargée de l’interrogatoire et la détenue 'collabo' choisissaient, parmi les nouvelles qui arrivaient, une détenue à offrir à l’officier. Il changeait de jouet tous les deux ou trois jours, sinon il s’ennuyait.
Malheureusement, au bout de trois jours, c’est moi qu’ils ont choisie. Le premier viol était...
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