« Nous allons commencer l’audience par les conclusions d’incident après les propos de Me Martin », déclare la présidente. Me Pressecq fait une demande d’acte.
Près de cinq ans après la disparition de Delphine Jubillar, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac-les-Mines, le procès de son mari Cédric se tient devant la cour d’assises du Tarn, à Albi. Cette infirmière de 33 ans, mère de deux enfants, n’a plus donné signe de vie depuis cette nuit-là. L’accusé conteste les faits.
La troisième semaine du procès s’ouvre aujourd’hui. Nous avons entendu ce matin l’amant de Delphine Jubillar, qui a affirmé qu’elle avait reçu des « menaces » de la part de son mari avant la disparition. Les avocats de la défense, eux, ont affirmé - créant la surprise - que le numéro de ce témoin avait déclenché, « probablement » via internet, à Cagnac-les-Mines la nuit de la disparition.
Cet après-midi, nous devrions entendre deux voisines des Jubillar, dont la maison est située à 150 mètres de celle du couple. Elles ont affirmé avoir entendu le 15 au soir des cris stridents de femme, mêlés à des aboiements de chien.
« Nous allons commencer l’audience par les conclusions d’incident après les propos de Me Martin », déclare la présidente. Me Pressecq fait une demande d’acte.
« Nous assistons à un véritable scandale, une procédure qui est falsifiée, des gendarmes qui ont manifestement retiré un PV. […] Ce n’est pas un élément nouveau, c’est dans le dossier », a déclaré aux médias, dont BFMTV, Me Martin, avocat de Cédric Jubillar au sortir de l’audience.
La défense a donc affirmé, juste avant que l’audience soit suspendue, que le téléphone de l’amant a déclenché, certainement via des données internet, la nuit de la disparition de Delphine à proximité du domicile du couple. Et que les gendarmes ont « altéré » la procédure en « écartant » cet élément.
C’est la première fois que ce potentiel bornage est évoqué dans les débats. Cette révélation intervient une semaine après les dépositions des experts en téléphonie qui ont travaillé sur l’enquête.
« Avez-vous été à Cagnac-les-Mines le 15 décembre 2020 ? », demande Me Martin. « Je n’ai jamais été à Cagnac-les-Mines », répond l’amant de Delphine Jubillar.
Me Martin continue sa démonstration. Il rappelle : étant donné le nombre extrêmement important de personnes qui ont « accroché » la borne des domiciles des Jubillar, les gendarmes ont enlevé ceux qui bornaient la veille ou avant. À partir de là, les enquêteurs sont arrivés à une liste de 551 numéros. Me Martin demande à l’amant : « Comment vous expliquez que page 6 de ce listing, il est mentionné un numéro à votre nom ? » « Pour tout à fait franc, je ne comprends pas bien la question. J’étais chez moi. »
« Cet élément a été volontairement retiré du dossier par les enquêteurs », affirme Me Franck. Elle cite un bordereau au dossier qui recense toutes les études de ligne, sauf, selon elle, celle de l’amant. « Nous avons la démonstration dans le dossier que le téléphone de l’amant active une cellule couvrant le domicile des Jubillar dans la nuit du 15 au 16 », affirme l’avocate de l’accusé. Elle critique une procédure « altérée ».
« Je suis ravie de voir que les avocats de Cédric sont experts en téléphonie », répond l’amant. Il estime qu'il doit y avoir une explication informatique.
Me Martin pose désormais ses questions. « Vous avez dit tout à l’heure que vous alliez avec Delphine dans différents hôtels, dont un en particulier. Or, cet hôtel a été contacté, ils ne vous connaissent pas, ni vous ni Delphine. » L’amant affirme s’y être rendu avec Delphine.
Quand Delphine a disparu, a-t-il pu envisager plusieurs hypothèses ? « Oui, mais j’ai imaginé les plus positives possibles. J’ai imaginé qu’elle a été enlevée, qu’elle soit partie, mais ce n’était pas possible. » Me Martin cite une écoute du 18 février 2021. « Vous évoquez la piste de terroristes qui auraient pu l’enlever, ou la piste d’un enlèvement par un réseau de prostitution. » « Tout ce que vous avez évoqué, ça laissait sous-entendre qu’elle était encore en vie. J’avais envie d’imaginer que c’était autre chose qu’un meurtre », répond le témoin.
Son ex-compagne l’a qualifié de pervers narcissique, rappelle Me Franck : « Nous avions dix ans d’écart. J’avais certaines exigences, comme le partage des tâches. Pendant un long moment, elle n’avait pas d’activité. Je rentrais du travail, je faisais les tâches. Oui, j’avais des exigences. » Il continue : « Elle s’habillait de manière très simple, quelques fois, j’aurais voulu qu’elle porte quelque chose d’un chouïa plus féminin. »
A-t-il eu l’impression d’être considéré comme suspect par les gendarmes ? « Ça ne m’a jamais traversé l’esprit ». « Ni le leur, d’ailleurs », grince l’avocate.
Au mois de mai 2021, dans les écoutes téléphoniques, il apparaît que le directeur d’enquête lui a « remonté les bretelles » à propos d’échanges avec un journaliste, et que les gendarmes ont réussi à faire « censurer » l’article. L’amant dit ne pas s’en souvenir.
Me Franck continue : a-t-il conseillé à Delphine de faire du chantage à son mari concernant sa consommation de cannabis pour la garde des enfants ? « Le souvenir que j’ai, c’est que j’étais à 200 % pour la garde alternée. » Il dit aussi : « J’ai aidé Delphine à mieux communiquer de manière à trouver des solutions. »
Cédric Jubillar aurait-il pu avoir le code de téléphone de Delphine ? « Je ne vois pas comment il aurait pu avoir son code de déverrouillage. »
L’avocate revient sur la relation entre l’amant et une autre femme, coiffeuse. « Ce que je note, c’est que ça n’a pas intéressé les gendarmes », dit Me Franck, qui évoque un flirt entre les deux. « Vous avez dû trouver beaucoup de numéros sur mon téléphone, j’avais une vie sociale. » Me Franck lui répond que le numéro de cette coiffeuse était plus utilisé par le témoin que celui de sa compagne.
Quant au darknet et à l’application DirtyTinder, qu’il affirme ne pas connaître, Me Franck cite un PV des gendarmes : « Celui-ci reconnaît s’est régulièrement rendu sur des sites de rencontres fétichistes avec une connotation sexuelle. » L’amant évoque des « publicités » et affirme ne pas s’être connecté de lui-même.
« Je ne suis pas allé dans des clubs échangistes », affirme le témoin. Mais Me Franck lui lit un échange qu’il a eu avec Delphine : « Vivement la réouverture des clubs, on va s’exhibitionner […] Je ne te prête pas, juste te montrer. » « On a joué de manière très métaphorique », répond l’amant.
Me Franck : « Il semblerait que Delphine était intéressée par les étoiles filantes. Est-ce que vous saviez que durant l’année 2020, il y avait deux périodes de pluies d’étoiles filantes : une mi-août, l’autre mi-décembre. » Soit, au moment de la disparition, note l’avocate de Cédric Jubillar. L’amant demande : « Quelle est votre question madame ? » L’avocate répond : « Ça va arriver. »
En décembre, il dit que Delphine est sortie regarder les étoiles toute seule, note Me Franck. « J’ai évoqué cela. Mais si elle l’a fait, c’est probablement dans une zone de confort », près de chez elle.
Cédric et Delphine Jubillar dormaient-ils dans le même lit la nuit ? « Il me semble que non », répond l’amant. Me Franck : « Vous aviez répondu l’inverse. » Elle cite là encore des propos tenus par le témoin auprès des enquêteurs durant l’enquête.
Une première question de Me Emmanuelle Franck. « Est-ce que vous me confirmez qu’en tout et pour tout, vous avez vu 14 ou 15 fois Delphine ? » « Je n’ai pas compté le nombre de fois où je l’ai vue, ce qui est certain, c’est que je l’ai vue pendant quatre mois et demi », répond l’amant.
Portait-elle des lunettes ? « Oui, bien sûr », répond l’amant. C’est faux, souligne l’avocate, qui cite des propos de l’amant devant les enquêteurs datant de février 2021 : « Je ne l’ai jamais vue avec des lunettes et on a jamais abordé ce sujet. Vous m’apprenez qu’elle portait des lentilles. » « Cela fait cinq ans, mais ce qui est certain, c’est qu’elle avait bien des problèmes de vue. » Avant d’en convenir : « à force de voir Delphine dans la presse, on finit par se rappeler qu’elle portait des lunettes ».
« On vous a arraché quoi, cette nuit du 15 au 16 décembre ? », demande Me Mourad Battikh, avocat de parties civiles. Un silence. L’amant répond : « La relation (avec Delphine) a été courte, c’est un fait. Mais je peux vous assurer que c’est la première fois que j’étais certain que j’allais rester toute ma vie avec quelqu’un. » Delphine aurait-elle pu annoncer le soir du 15 décembre à Cédric qu’elle avait rencontré quelqu’un ? L’amant confirme.
Que pense l’amant de la piste djihad, évoquée auprès des enquêteurs par Cédric Jubillar ? « Comme disent les jeunes : MDR. »
« Elle (Delphine) devenait confiante sur la fin. Au début, je sentais que c’était quelqu’un de fragile, sur la fin, c’était quelqu’un qui avait du tempérament, qui allait de l’avant », dit l’amant.
Il évoque les comptes bancaires de Delphine : « Je lui ai dit : “Tu vas à la banque et tu fais en sorte qu’il (Cédric) n’ait plus accès au compte des enfants. ” » Le 15 décembre, la disparue était allée à la banque pour changer ses codes.
Question de Me de Caunes : peut-on douter de la mort de Delphine ? « Non. J’ai été dans le déni pendant des années. Aujourd’hui, non. »
Me Laurent Boguet met les pieds dans le plat et demande frontalement : « Est-ce que vous avez tué Delphine Jubillar ? » « Non, je n’ai pas tué Delphine Jubillar », répond l’amant. Il rappelle : « J’ai donné tout ce qui était possible, j’ai donné accès à mon téléphone, j’ai donné l’accès à la domotique, c’est moi qui en ai parlé aux enquêteurs, j’ai donné mon emploi du temps. »
L’amant saisit la perche pour critiquer la défense, « qui cherche un...
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