Qui était vraiment la Vierge Marie ? Ce qu'en dit l'archéologie

National Geographic - 03/10
Un nouveau livre réhabilite la mère de Jésus et avance la thèse qu’elle fut, elle aussi, une personnalité hors du commun.

Depuis deux mille ans, cathédrales, hymnes et peintures célèbrent Marie, la mère de Jésus, comme la Vierge mère de Dieu. De la Pietà de Michel-Ange aux mosaïques dorées de Byzance, on la figure le plus souvent sereine, jeune et éternellement pure. Pourtant, derrière l’auréole et les icônes se cache une femme bien différente, une vie de chair et de sang occultée par des siècles de patine théologique. Selon le bibliste James Tabor, archéologue respecté et autrefois professeur spécialiste du judaïsme antique et du christianisme primitif à l’Université de Caroline du Nord à Charlotte, retrouver la Marie historique pourrait non seulement transformer l’état de connaissances sur Jésus mais également réécrire les origines mêmes du christianisme.

L’argument de James Tabor, exposé dans son dernier livre, qui s’intitule The Lost Mary, se déploie sous la forme de cinq thèses radicales : il estime que Marie fut l’une des fondatrices du christianisme, qu’elle était d’ascendance royale et descendait également du premier grand-prêtre, qu’on l’effaça délibérément de la mémoire chrétienne, qu’elle transmit l’essentiel de l’enseignement de Jésus et qu’il faut avant tout la considérer comme une femme juive aux prises avec la violence qui sévissait en Judée romaine au premier siècle de notre ère.

UNE FONDATRICE DU CHRISTIANISME

Selon le récit traditionnel, le christianisme commence avec Jésus et se propage grâce à la prédication de Pierre et de Paul. Marie y figure, mais en marge seulement : présence discrète dans la mangeoire, aux noces de Cana et au pied de la croix. James Tabor insiste, ces portraits minimisent son rôle véritable.

Marie, avance-t-il, n’était pas que la mère de Jésus mais la matriarche d’une dynastie. Elle était aussi la mère de Jacques, qui succéda à Jésus à la tête du mouvement à Jérusalem, et apparentée à Jean le Baptiste par sa cousine Élisabeth. Ces trois hommes, Jean, Jésus et Jacques, façonnèrent les premières décennies du mouvement de Jésus et Marie était la personne qui les reliait. C’était une « affaire de famille ». Lors de la crucifixion, dans l’Évangile de Jean, Jésus confie sa mère à un disciple anonyme désigné uniquement comme « le disciple que Jésus aimait ». James Tabor avance que ce disciple bien-aimé était en fait Jacques, le frère de Jésus, et que du début de son ministère à la fin...
[Courte citation de 8% de l'article original]

Loading...