En Syrie, la rose de Damas refleurit après plusieurs années de guerre

GEO - 28/09
Cette fleur chantée par les poètes, précieuse pour les parfumeurs et les confiseurs, est l’un des trésors de la Syrie. Les années de guerre ont malmené sa culture, mais les Syriens font tout pour faire refleurir cette variété délicate à la fragrance unique.

Roula Al i-Adeeb savoure le calme revenu dans ses champs. En ce mois de mai 2025, à une heure de route au sud de Damas, le fracas de la guerre civile qui a ravagé la Syrie jusqu’à la fin de l’année dernière semble si loin ! À l’horizon, vers l’ouest, quelques touches de neige coiffent encore le mont Hermon, dont l’épaisse silhouette, qui culmine au-delà de 2 800 mètres, marque la frontière avec le Liban. Roula inspire profondément : en cette matinée encore fraîche, l’air embaume le romarin, la lavande. Mais surtout la rose. Rosa damascena, la reine des roses, hybride naturel très ancien poussant à l’état sauvage en Syrie, est un emblème pour ce pays à plus d’un titre.

Déjà connue des Romains, elle fut probablement rapportée en Europe par les croisés. Et célébrée par les poètes, à commencer par Shakespeare et, plus proche de nous, l’illustre Syrien Nizar Qabbani (1923-1998), qui l’associe à sa propre identité : "Je suis votre rose de Damas, ô peuple du Levant. Quiconque parmi vous me trouvera, qu’il me place dans le premier vase." Les pétales rose pâle, comestibles, de cette fleur ont depuis longtemps conquis le monde avec leur parfum capiteux et leur saveur sucrée, subtilement épicée. On en vante les nombreuses vertus : antiseptique, antioxydante… ; elle serait même – sous forme d’eau ou d’huile – un bon antidépresseur et un remède contre les douleurs menstruelles et gastriques.

Roula Ali-Adeeb, 60 ans, est la directrice de BioCham, petite entreprise de fleurs séchées et d’huiles essentielles. En pantalon et chemise en jean, les cheveux courts et noirs parcourus de fils gris, qu’elle porte libres de tout tissu, l’entrepreneuse observe les saisonnières à l’oeuvre parmi les allées de rosiers. Une dizaine de femmes en blouse bleue, mains gantées, avancent lentement entre les buissons verts qui leur arrivent à la taille. Penchées sur les arbustes épineux, coiffées de casquettes à larges bords sur leur voile léger, elles détachent d’un petit coup sec de leur tige les fleurs délicates aux 30 pétales (la rose de mai, autre star de la parfumerie, en compte jusqu’à 100), avant de les glisser dans de grands sacs qu’elles portent en ba...
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